Les textes de Catrine Godin

 

 

Sangnoir

 

 

un orbe dansant au bras du soleil

véloce marié du champ des sphères

frise de cendres les veines d'or

sous les sables et les verts oublis

 

dentelles de doigts calcaires

sur les couches des sédiments

écoulent l'encre des réminiscences

la où nos mères giclent le lait

 

patient et céruléen monde

il ouvre à nos petits cortèges

divulgue puis enseigne avec lenteur

sa bouche glutineuse de naphte

 

en poux avides sucent les assoiffés

jusqu'à la baiser le ventre ouvert

jusqu'à la gorger de leurs sang

                               ... rare est l'eau

 

Ô meurtrissures d'épouses et matrices

au sein l'épanchement flétrit

en flaques sombres les amours

et les fruits précoces assassinés

 

tant de vies et d'oeuvres

artefacts précieux des mémoires mortes

un si peu de carbone est offert

aux lacs noirs de ses souvenirs enfouis

 

les continents sont des cadavres

 

 

 

 

 

Soulevée

la plainte sourde, le rauque presqu'oblong, un souffle taillé de dents muettes où l'oeil roule vers l'intérieur, glisse entre les fibres, goûte l'organe déposé en la paume comme un fruit rouge dans sa gaine, la crispation bue

les frémissements soudains et l'électrique du choque, la morsure étrange où jaillit la joie trop vive mêlée d'oppression ; le feu, une lave vibrante montée de creux, attendue de sel et d'humus comme des frères d'oeuvre

des battements fous aux bouches pulsantes, le babille, de ru en torrent dans le silence de tout ce bruit, le sang fouette au milieu, trop fort trop vite, la bête immense feule d'émois sur de longs spasmes chantés haut sans voix

l'éclatement brusque du geyser vivant, son trait comme des milliers d’aiguilles, sa luminosité moirée de conscience autre en dedans, son mouvement ivre, ébloui, lové en l'impalpable, si haut les vertiges délibérés

et puis cet apaisement flou de duvet soyeux en chute, cette douceur quand tu me rejoins depuis l'autre côté... sans jamais avoir bougé.

 

 

 

 

 

 

Sonde

 

ne me demande plus

comment va le monde

 

pose ton oreille

tout contre mes grains

sous la silice qui brûle

creuse en l'odeur froide

des milliers d'années révolus

 

va jusqu'à l'os et la pierre

emmêlés si étroitement

dans l'encre des monstres passés

écoute les cendres

de nos déchéances

 

goûte l'asphyxie des exhalaisons

et la lenteur minérale

d'un geste d'eau

poursuis la veine des magmas

jusqu'au soleil de son ventre

 

l'étoile enclose se consume

et respire le souvenirs des futurs

elle berce les possibles

dans le jour incandescent

de son tout premier atome

 

ne me demande plus

comment va le monde

parce qu'il est en toi


V

 

Ne me vois-tu donc pas en toi-même ?

 

 

j'ai livré mon germe

 

en grappes ensauvagées

 

à l'impalpable de ta mémoire

 

 

 

déliquescences

la souche épousée

 

 

un méandre vermeil

 

 

et l'inflorescence du givre glacent un jour

 

 

ou était-ce hier ? regardes demain

 

 

... un pétale se repose

 

 

 

 

 

mes digues ont cédées

en l'échancrure de ton rire

tout m'est beau

quand tu déploies ta gorge

renversée de signes

je bois un frisson d'étoile

entre tes cils

 

 

 

 

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