Mohammed: le "saint" prophète
 


  Par del Valle

C’est à partir de 610 après J.-C. que furent jetées les bases de la troisième religion abrahamique, lorsque le jeune Muhammad, issu d’une tribu bédouine arabe - les Kuraïch, installée dans le Hijaz (actuelle Arabie Séoudite) - déclara avoir reçu, par le truchement de l’ange Gabriel, la révélation de la parole de Dieu sous forme de versets réunis en chapitres ou « sourates ». Illettré, Muhammad aurait transmis oralement les sourates à ses disciples et c’est bien plus tard qu’elles allaient être définitivement rassemblées, après maintes polémiques, dans un livre unique : l’actuel Coran.


      Au départ, le message du nouveau prophète était essentiellement spirituel et caritatif, mais l’audience de Muhammed, qui prêchait le retour à la vieille religion abrahamique, restait limitée et sa prédication suscita très vite contre lui de violentes réactions de refus de la part des habitants de La Mecque, dont il était natif. Accompagné d’une poignée d’adeptes, l’« Envoyé » (El-Nabi) dut alors quitter La Mecque pour Médine (Yatrib), afin d’y effectuer un repli stratégique et d’y établir la première société islamique armée qui devait lui permettre de reconquérir plus tard sa ville natale. Cette première étape, nommée l’Hégire (Hijra en arabe) et qui n’est autre que le début du calendrier et de l’ère islamiques, est fondamentale car elle permet de comprendre la nature conquérante de l’Islam. C’est d’ailleurs en référence à l’événement fondateur de l’Hégire qu’un groupe islamiste égyptien ultra radical, à l’origine de l’assassinat de Anouar El-Sadate en 1981, a choisi de se nommer « Excommunication et Hégire » (el-Takfir wa’l-Hijra). de même pour le sous groupuscule du GIA " Elhijra wa Ettakfir"
Takfir, le fait de dénoncer l’apostat, veut dire la condamnation formelle de la société et du régime non-musulman existant - anathémisation inaugurée par Muhammed dans sa lutte contre le polythéisme en Arabie - tandis que Hijra,  qui évoque la migration du Prophète de La Mecque païenne pour fonder sa propre société islamique et sa propre administration à Médine, veut dire que les vrais musulmans s’en vont de la société existante - non pas, naturellement, dans un sens (uniquement) territorial - afin d’en créer une nouvelle qui soit vraiment islamique. Cette doctrine islamique de la révolution s’est montrée extraordinairement puissante. 

Loin d’être des « hérétiques » ou des extrémistes coupables d’édulcorer le message coranique, les Islamistes trouvent en effet dans la vie de leur Prophète une formidable source de légitimation activiste. Ainsi, lorsqu’ils sont persécutés dans leur pays, comme c’est le cas  en Algérie ou en Égypte, et qu’ils doivent trouver refuge chez l' occident « impie », les Islamistes réalisent à leur tour l’Hijra.

      Initialement, le « Beau-Modèle » aurait voulu réconcilier les populations hétérogènes de Médine : Juifs, Polythéistes et Musulmans, pour établir au milieu d’eux la première société musulmane et créer un front œcuménique uni contre l’ennemi extérieur commun de la Mecque. Pour y parvenir, Mohammed avait conçu un statut qui avait été accepté par tous : « le règlement de la communauté de Médine », précieux document qui nous fut conservé par Ibn Hisam (décédé en 813), célèbre biographe du Prophète. Selon ce règlement, la communauté politique islamique (Oumma), composée de tous les habitants de Médine, Musulmans, Juifs, Chrétiens et Païens, était dirigée par Mahomet, représentant d’Allah, et était unie contre les « agresseurs » mécquois. Toutes les religions représentées à Médine et soumises à l’autorité supérieure du « Beau-Modèle » devaient initialement être respectées et tous les citoyens, mis à part Mohommed, étaient égaux en droits. Mais dès que le Prophète fut en mesure de reconquérir La Mecque, nouvelle Ville Sainte de l’Islam, sans devoir recourir à la collaboration militaire des tribus païennes et judéo-chrétiennes, il cessa de respecter la liberté religieuse des différentes communautés qu’il avait voulu rallier initialement. L’« Envoyé d’Allah », qui avait longtemps misé sur l’islamisation des Juifs médinois, considérés au départ comme des monothéistes authentiques, accusa désormais ces derniers de « trahir le message de la Thora », théoriquement annonciateur de l’Islam, et les somma d’adhérer à la nouvelle religion. Revirement qui est d’ailleurs comparable à celui des Islamistes actuels qui, après avoir bénéficié de la liberté d’expression en Europe et en Amérique du nord (Khomeyni, Ghannoucci, Ali Saleh, Moussa Kraouche etc.) redoublent de haine contre leur hôte qui demeure pour eux le pays de l’« impiété ». Car le musulman strict n’est jamais redevable envers des “Infidèles”. Muhammed et ses disciples sommèrent donc une fois pour toutes la très forte diaspora juive de Médine d’adhérer à l’islam. Mais les Juifs refusant de reconnaître la nouvelle révélation, le Prophète et ses nouveaux adeptes, les Ansar, leur déclarèrent la guerre, comme ils la déclareront aux Païens et aux Chrétiens récalcitrants. Les Chrétiens et les Juifs acceptant de se soumettre furent relégués au statut de citoyens de seconde zone (dhimmis). Les Païens qui refusèrent de se convertir furent quant à eux passés au sabre. Ainsi, entre 622 et 632, toute l’Arabie devint islamique grâce à la « guerre sainte », le jihad. L’Islam apparut donc au départ comme une doctrine unificatrice à caractère politique qui permit de fonder une nation arabe homogène, donc plus forte.

      A  partir de 634, on assiste à la seconde étape de l’expansion de l’islam, hors d’Arabie cette fois. Dès 634 en effet, les combattants d’Allah remportent des victoires sur les Perses, et dès 636 ils commencent à conquérir les régions araméenne, égyptienne et berbère de l’Empire byzantin. Les successeurs du Prophète, appelés « Califes Rachidoun » (bien guidés), pour ce qui concerne les quatre premiers - Abu Baker, Omar, Othman et Ali -, deviennent les chefs d’un empire musulman s’étendant, dès 711 après J-c, de l’Inde à l’Espagne. Le Calife (de l’arabe khalafa, succéder) est à la fois « Pape », chef de la Oumma universelle, élu par Dieu, et « Empereur », à la tête de l’empire musulman. En fondant leur prosélytisme sur la guerre et en appelant de leurs vœux la constitution d’un empire musulman englobant toutes les nations, entreprise entamée par Mohammed lui-même, les Islamistes radicaux sont par conséquent de fervents et fidèles imitateurs du Prophète et des Califes « bien guidés ». Souvent accusés d’être des fanatiques, ils n’ont pas inventé un Islam violent et théocratique. Ils ne sont autres que des Musulmans orthodoxes (qui suivent la « voie droite ») désirant redécouvrir et appliquer la loi islamique (Charià), telle qu’elle était en vigueur au temps de Mohammed.
 

 


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