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SRI LANKA
AU FIL DES MISSIONS
SYNTHESE DE LA MISSION AU SRI LANKA FIN JUILLET 2006
Lattes le 17 juillet 2006
TEMOIGNAGE SUR LA MISSION HUMANITAIRE AU SRI LANKA
(Marie-Agnès CROS, Chef de Mission)
Depuis le début du projet, Claude (Trésorier de PHI) et Jean-Claude (professeur de l'IUT de Nîmes, section Génie Civil) nos ingénieurs, sont venus mettre courageusement la main à la pâte à la construction générale du programme « PROJET GLOBAL DE SOLIDARITE DE RECONSTRUCTION A TRINCOMALEE DANS LE NORD-EST DU SRI LANKA » pour les victimes du Tsunami.
En janvier 2006 il y a eu Adeline (partie toute jeune pour PHI successivement en Bulgarie, au Pérou et maintenant au Sri Lanka) puis Jean-Marc, le Président de PHI. Nous y avons ensuite laissé Charley (le Professeur Charles JANBON de Montpellier). Nous y sommes retournés en mai, juin, avec Jean-Marc où une délégation de la Ville de Vierzon, donatrice, nous a courageusement rejoint malgré les relents de guerre. En juillet, Annick secrétaire générale de PHI et Jean-Michel (Caisse d'Epargne Provence Alpes Corse) son époux sont venus me rejoindre. A peine habitués, je les ai laissé gérer « la guerre », la vraie guerre avec des bombes tous les jours et des tirs incontrôlés.
Tous ont apporté leur savoir, leurs compétences, leurs idées et leur courage autour d'un projet qui grâce à tous, sort successivement de terre, se construit, se prolonge vers le but tracé. Les relations sur place se sont poursuivies sur des airs différents mais solidement identiques au nom de PHI considérée là-bas comme une seule entité malgré la succession des personnes. Il n'y a eu, à ce jour, aucune fausse note.
Le 26 décembre 2004, un Tsunami dévaste les côtes de l'Asie du Sud-Est. PHI avec l'aide de ses AD envoie immédiatement des médicaments essentiels.
Puis l'opportunité de partir avec une section humanitaire des pompiers de Grasse déjà connue de PHI se précise et l'association embarque deux médecins et quatre cantines de médicaments essentiels. Pendant un mois ils vont parcourir les camps de sinistrés.
Mais bien vite un projet de reconstruction se fait jour. Le Sri Lanka n'a pas besoin de médicaments. Il faut reloger les familles avant de soigner.
Trincomalée visitée dans le Nord-Est est à l'abandon de tous capitaux. La région sort à peine d'une guerre fratricide de trente ans entre tamouls (hindous) et cinghalais (bouddhistes). Les ONG ne s'y pressent pas, préférant les côtes touristiques du Sud.
Après six mois d'attente et de transactions une première mission obtient un terrain et les autorisations de construire. C'est une jungle pleine d'éléphants et de cobras qui, malgré les promesses de Colombo, doit être défrichée aux frais de PHI, ce qui est fait en août 2005.
En octobre le maître d'oeuvre est choisi et PHI signe avec lui un agrément officiel qui bloque le montant et la durée des travaux. Depuis l'estimation première, les matériaux ont augmenté et le taux de change a baissé.
En novembre, Claude pose la première pierre des 30 maisons prévues, après avoir délogé avec difficulté des squatters trop heureux de s'installer sur des terrains défrichés.
Puis les pluies diluviennes font leur apparition. A peine commencés, les travaux s'arrêtent.
Jean-Claude passe seul les fêtes de fin d'année au Sri Lanka loin de sa femme et de sa fille restées en France car la guerre semble reprendre
après l’élection du nouveau président en novembre 2005.
En février Jean-Marc pose la première pierre de l'école.
Le terrain a été donné à plusieurs ONG : Japan Red Cross , Germankinderlife, Care.
PHI bénéficie d'une position centrale à cause du projet de l'école primaire et du Centre Médical. Notre entente des uns et des autres avec l'Ingénieur du gouvernement a fait le reste.
L'association Care lorgne notre terrain. Nous faisons poser en vitesse la première pierre du Centre Médical et demandons de faire toutes les fondations prévues pour marquer définitivement le territoire, même si financièrement nous ne possédons plus la totalité. Les maisons évaluées à 4500 € coûtent désormais 6300 €.
Avec le Dr Charley nous recevons les dix premières familles désignées sur la liste officielle de l'organisme gouvernemental créée lors du sinistre. C'est émouvant. Nous devons renvoyer les vingt autres familles qui ont été convoquées par les autorités en leur donnant espoir pour la livraison des prochaines séries de maisons.
Chaque cérémonie est différente. Notre maître d'oeuvre, Jayakody, bouddhiste officie selon les rites.
Le Dr Charley discute alors avec le représentant du Ministère de la Santé, pas facile à « manier ». L'équipe suivante maintient le contact et à la suite d'une invitation, ce représentant ministériel nous est acquis. Il a compris que nous n'avions pas la prétention de concurrencer le système de santé sri lankais. Le Centre de Soins est indispensable dans le contexte du nouveau village. Il en est de même pour l'Ecole Primaire.
Nous lions relation avec le GA (Préfet de la Région) qui avec nous fait la connaissance du vin français.
Nous résolvons le problème des toits en amiante, revêtement traditionnel, inacceptable pour une association française et pharmaceutique même si le risque prouvé n'est pas particulièrement dangereux en un tel cas. Les toitures vont nous coûter 300 € de plus par construction.
C'est le prix de la santé et de notre réputation. L'Ambassade de France à Colombo nous approuve.
De nouvelles questions se posent pour l'assainissement et la voirie, éléments très secondaires dans ce pays. Nous arpentons tous les jours le chantier sous un soleil de plomb, buvant ici et là du thé brûlant ou du coca offert par les ouvriers eux-mêmes qui nous connaissent et réciproquement ainsi que les divers chefs d'équipe qui apprécient notre présence, améliorent leur travail en fonction de nos idées « étranges » ou étrangères, nos recadrages et la reconnaissance de la qualité de leur travail.
Nous surveillons et signalons à l'occasion la présence de travailleurs adolescents ou même d'enfants qui se multiplieraient sans notre vigilance. La sécurité du travail est un vain mot. Nous avons exigé des lunettes ou des masques pour les soudeurs qui fermaient les yeux ou tournaient la tête. Mais le poste de soudure a grillé réglant ainsi pour un temps le problème.
Nous avons donc posé une plaque « Ville de Vierzon » sur la première maison totalement finie. Pour y arriver, les ouvriers avaient travaillé jours et nuits. Il n'y manquait rien : carreaux, petits rideaux, décoration des pièces faites avec goût et avec amour. Jean-Marc le président, a coupé le ruban en présence de tous les ouvriers qui applaudissaient, l'entrée s'est faite traditionnellement avec le lait qui bout au milieu de la pièce, les bougies à allumer chacun à son tour,
puis l'offrande des bananes.
C'était tellement émouvant et tellement imprévu que face à cette réussite après tant de mois de galères, je me suis effondrée, m'étant moquée gentiment l'année précédente de l'émotion d'un français à l'inauguration de sa première maison. Les ouvriers ont été chaleureusement remerciés par nous tous. Casquettes et stylos leurs ont été offerts et ont été appréciés.
Mais voilà, notre maître d'oeuvre trop stressé a fait une crise cardiaque à 38 ans. Il a été invalidé quelques temps.
Puis la guerre a vraiment éclaté. En avril, le séjour de Claude a dû être annulé.
Nous nous relayons. C'est l'escalade : bombes et tirs des soldats sont quotidiens. Chaque sortie est aléatoire et problématique. L'Ambassade nous demande de réintégrer Colombo qui n'est pas devenu plus sûr.
Nous scellons des relations avec OCHA (United Nations) où un français est en poste. Les soldats sont désormais installés à notre porte. Ils ont fait par deux fois incursion dans notre maison, en notre absence. A notre porte, flottent en permanence un drapeau français et celui de PHI. Un logo « armes interdites » y est également apposé. Nos collaborateurs locaux sont terrorisés. Nous rentrons souvent à pied pour leur éviter de passer les check points plus faciles pour nous. Les soldats sont courtois et nous parlons du Mondial du football et de Zidane, chaque jour de cette compétition, mais ils sont jeunes, relativement incontrôlés et souvent par peur ils tirent de tous les côtés. C'est le danger et sentir presque le froid de leur mitraillette avec le doigt sur la gâchette n'est pas très agréable.
Il y a une volonté gouvernementale d'embargo sur la région. Il a fallu faire un ordre de mission à notre maître d'oeuvre pour obtenir un accord de deux jours par semaine pour transporter les matériaux. Les ouvriers tamouls ont tous disparu du chantier. Seuls restent les cinghalais et les musulmans.
Les boutiques sont pratiquement vides. Chaque communauté a organisé son propre marché. Les familles hindoues fuient massivement vers l'Inde.
Des enlèvements d'adolescents sont réguliers à la sortie des lycées et collèges en vue des camps d'entraînement des Tigers (Combattants du Mouvement de Libération des territoires tamouls LTTE). Les jeunes femmes sont aussi sollicitées pour ces camps.
Les retours sur Colombo durent des heures pour passer des dizaines de fouilles. Il vaut mieux ne pas avoir trop de bagages.
A Colombo l'Alliance Française est très active. Je rencontre deux journalistes américains à l'AFP. Tous me demandent quelle est véritablement la situation dans le Nord-Est.
Annick et Jean-Michel sont encore là-bas. Ils continuent à très bien gérer la situation. Ils maintiennent le chantier et essayent de garder les relations apportant comme tout un chacun une pierre nouvelle à l'édifice.
Notre maître d'oeuvre vient d'avoir un accident, côtes cassées et véhicule léger inutilisable. Que va t-il lui arriver d'autre ?
Jean-Claude de l'IUT va partir avec Stéphane, l'un de ses étudiants. Leur présence sur le chantier est actuellement indispensable car nous avons fait surseoir à la pose des toitures qui étaient une catastrophe, les ouvriers ne connaissant pas ce nouveau matériau. Il va peut-être devoir travailler à distance avec le maître d'oeuvre. Il apporte photos et matériel de fixation. Sans lui tout s'arrête actuellement dans la construction. Si ce n'était pas cette obligation nous aurions annulé le séjour. Il sera certainement écourté sur place.
Full Moon, jour férié de la pleine lune, avant Full Moon et après Full Moon, on ne fait pas grand'chose. Poya et enfin Artal (grève générale). Tout cela se succède au gré des mois. Les sri lankais sont immensément gentils. Ils disent toujours oui, en dodelinant de la tête, mais cela veut dire « demain » la semaine prochaine ou plutôt dans deux semaines. En revanche ils peuvent aller très vite si raison il y a. Et quand on ne les attend plus, ils débarquent à des heures imprévisibles pour traiter des affaires sérieuses.
Ayant obtenu un visa de résident je ne sais plus ou vont mes pas. Exilée là-bas, je me sens exilée ici, car ma tête, mon coeur et mon inquiétude sont avec ceux qui sont restés et ceux qui vont repartir avant que j'y revienne moi-même.
Je pense à nos « locaux » qui n'ont pas d'issue et qui essayent pourtant de vivre dans ce chaos qu’est leur pays.
Et les éclats des feux d'artifice de ce 14 juillet ont pour moi un sentiment qui n'est pas ludique.
Nous remercions tous nos donateurs au nom des familles qui nous attendent :
Il n'y a pas de petits dons. Tous sont utilisés pour permettre d'aider aussi ceux qui nous entourent ou travaillent avec nous.
On ne peut pas rester spectateurs devant la souffrance des autres.
En dehors de notre projet nous avons accepté des Micro-Projets :
Des attentes à notre porte:
mission du 19 décembre 2007 au 15 janvier 2008
Adresse du Siège :
REMARQUE
retrouvez les comptes rendus détaillés en cliquant sur les liens ci-après :
mission du 09 au 30 octobre 2007
mission du 18 juin au 11 juillet 2007
mission du 17 avril au 08 mai 2007
mission du 05 au 21 janvier 2007
mission du 03 au 27 octobre 2006
mission du 25 juin au 23 juillet 2006
mission du 10 janvier au 10 mars 2006
mission du 18 novembre au 1er janvier 2006
mission du 09 septembre au 13 octobre 2005
mission du 17 juin au 07 juillet 2005
mission d'évaluation du 07 février au 07 mars 2005
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