Article reproduit de la revue de l'AQETA - Septembre 2001 (Volume 15, numéro 2).
Le
Comité de revue de l'utilisation des médicaments, le CRUM, a entrepris une
importante étude sur les stimulants utilisés dans le traitement du trouble de
déficit de l'attention/ hyperactivité dont nous vous présentons des extraits.
Les résultats de cette étude ont été rendus publics en juin 2001.
Le
CRUM considère le syndrome du trouble du déficit de l'attention/hyperactivité
(TDAH) essentiellement comme «un mode persistant d'inattention et/ou
d'hyperactivité/ impulsivité, plus fréquent et plus sévère que ce qu'on
observe habituellement chez les sujets d'un niveau de développement similaire».
Dès l'enfance, un excès d'activité motrice peut annoncer le début du
TDAH, mais ce dernier devient plus apparent quand l'enfant entre à l'école.
D'autres problèmes peuvent y être associés, entre autres, difficultés
d'apprentissage et de langage, un rendement scolaire au-dessous de la moyenne,
des difficultés avec les parents, les compagnons de classe, les enseignants
ainsi qu'une faible estime de soi. Les
symptômes peuvent s'atténuer au début de l'adolescence ; l'hyperactivité et
l'impulsivité semblent diminuer plus rapidement que l'inattention.
Les symptômes peuvent parfois persister jusqu'à l'âge adulte.
Pour un nombre important d'enfants, d'autres troubles psychiatriques
peuvent coexister comme des troubles d'opposition, des troubles de conduite, des
troubles d'anxiété et d'humeur.
Actuellement,
on tend à dire que les causes du TDAH seraient de nature neuro-biologique et génétique.
On a découvert des différences morphologiques et fonctionnelles au
cerveau entre les jeunes atteints du TDAH et ceux qui ne le sont pas.
Plusieurs chercheurs pointent l'hérédité comme la principale cause du
TDAH : les enfants d'une même fratrie risquent effectivement de développer le
syndrome de cinq à sept fois plus souvent que ceux qui viennent d'une famille
dans laquelle il n'apparaît pas ; les enfants d'un parent atteint du TDAH ont
50 % plus de risque d'être atteints. Récemment,
on a identifié certains gènes anormaux touchant, entre autres, le transporteur
et le récepteur de la dopamine. À un moindre degré, certains facteurs non génétiques
en seraient responsables : exposition du cerveau à la cigarette, à l'alcool en
période prénatale ou au plomb dans l'enfance ou à un traumatisme crânien
durant l'enfance. Les facteurs
sociaux ne seraient pas en cause, mais ils pourraient contribuer à accroître
les difficultés qu'éprouvent les enfants atteints du TDAH.
On
a évalué l'efficacité de quatre modes d'interventions auprès d'enfants
atteints du TDAH :
l.
usage de médicaments avec encadrement rigoureux
2.
thérapie comportementale ;
3.
thérapie combinée : usage de médicaments avec encadrement rigoureux et thérapie
comportementale
4.
traitement par les ressources du milieu.
Les
résultats obtenus démontrent une diminution certaine des symptômes pour tous
les modes d'interventions. Cependant
les résultats avec les première et troisième interventions sont supérieurs.
Par
ailleurs, selon les auteurs, la plupart des symptômes liés au TDAH ont été
contrés par la prise de stimulants : capacité de concentration et d'attention
accrue ; hyperactivité et impulsivité à la baisse ; comportement plus modéré
en classe ; comportements agressifs et d'opposition en décroissance ;
interaction avec l'entourage améliorée participation aux activités familiales
augmentée. Par contre, on note peu de changements positifs quant à
l'apprentissage et à la réussite scolaire.
Globalement, l'utilisation de stimulants permet de briser le cercle
vicieux du rejet tant familial et scolaire que social et de la marginalisation,
tout en augmentant l'estime de soi. Leurs
effets se produisent également chez les enfants non atteints.
L'
étude du CRUM, a été réalisée à partir des données sur
l'approvisionnement en stimulants des jeunes de 18 ans ou moins assurés par la
Régie de l'Assurance maladie du Québec (RAMQ) et porte sur les années 1995 à
1999. Quatre constats principaux se
dégagent de l'étude :
l.
La prévalence de l'utilisation de stimulants chez les jeunes de 18 ans
ou moins augmente depuis 1995.
2.
La prévalence de l'utilisation de stimulants varie selon la région
sociosanitaire.
3.
Les habitudes d'approvisionnement en stimulants sont souvent irrégulières tant
chez les nouveaux utilisateurs que
chez les utilisateurs habituels.
4.
La majorité des proscripteurs ne traitent qu'un très petit nombre de
jeunes utilisateurs de stimulants assurés par la RAMQ.
En
1998, dans la région de Laval, la prévalence de l'utilisation de stimulants
chez les élèves du primaire est estimée à 4,56 %, soit 7,19 % chez les garçons
et 1,94 % chez les filles pour un ratio garçons/filles de 3,7 garçons pour 1
fille. La prévalence de l'utilisation de stimulants varie selon l'âge.
En 1995, dans quatre régions des États-Unis, elle est la plus élevée
chez les 5-9 ans, et la plus basse, chez les 15-17 ans.
En 1998-1999, au Manitoba, la prévalence la plus haute concerne les
10-14 ans. Plusieurs études
tendent également à démontrer que l'utilisation des stimulants est plus fréquente
dans les régions urbaines que rurales. Aux
Etats-Unis, on note aussi cette observation et les études rapportent également
que l'utilisation du méthylphénidate (Ritalin) est relativement plus élevée
dans les écoles publiques que dans les écoles privées et dans les régions
plutôt pauvres que dans les régions riches.
Au
Québec, il semble qu'on utilise de plus en plus souvent des stimulants du système
nerveux central pour traiter les enfants atteints du trouble de déficit de
l'attention/ hyperactivité. On
note toutefois des divergences d'opinion sur cette tendance.
Pour certains, l'augmentation de la consommation de ce type de médicament
est positive, car elle suppose la reconnaissance de ce problème.
Pour d'autres, la situation est inquiétante pour de multiples raisons :
absence de lignes directrices relatives à l'évaluation et au diagnostic :
pression du milieu scolaire auprès des parents et celle des parents à
l'endroit des médecins rareté des thérapies alternatives ou concomitantes
telles que des interventions éducationnelles appropriées -, stigmatisation de
l'enfant ; manque de connaissances quant aux effets à long terme de la médication
; absence d'indications approuvées pour les petits de moins de 6 ans.