DOMINIQUE
ROCHER
Interview réalisée par
Richard D. Nolane
À
l’occasion de la publication dans la collection Rivière Blanche
des
Terrasses
de la nuit, un livre dans la lignée de ses romans publiés voici plus de 30 ans
dans la collection «Angoisse», Dominique Rocher a accepté de répondre à
quelques questions, de quoi lever un peu le voile sur un de ces trop nombreux
auteurs du Fleuve Noir dont la discrétion a, par la suite, brouillé
injustement la piste aux yeux de l’amateur de littérature populaire.

RDN : Quel a été votre parcours avant d'écrire pour le Fleuve Noir «Angoisse»
à partir de 1969 et jusqu’à la fin de la collection en 1974 ? Vous aviez déjà
publié un roman aux éditions du Scorpion en 1959, n’est-ce pas ?
DR : J’ai
fait des études d’infirmière. Puis j’ai été journaliste en province.
J’ai collaboré, entre autre, au journal La
Nouvelle République du Sud-Ouest, pour
lequel j’écrivais des comptes-rendus de spectacles et de lectures. Le désert
rouge, publié aux éditions du Scorpion, avait pour cadre la campagne d’Égypte de Bonaparte, peu
connue à l’époque. Ce roman a concouru pour le Grand Prix des Provinces Françaises.
Il est arrivé second, la première place lui ayant été refusée car c’était
un livre de guerre ! Le 6 mai 1959, le Président, Camille Belliard, disait :
« ce livre m’a été communiqué comme l’un des meilleurs…il se
rapproche beaucoup de la perfection… » J’ai échangé par la suite
de nombreux courriers amicaux avec Camille Belliard.
RDN : Ce
qui explique pourquoi le narrateur de Délire, votre premier «Angoisse»,
soit justement un journaliste travaillant pour un quotidien du Sud-Ouest.
DR : J’ai
du me servir en effet de cette expérience dans ce livre. J’avais oublié
ce… détail ! Elle m’avait aussi servi auparavant pour un manuscrit
intitulé Du sang pour la Une qui n’a jamais été édité. Je ne me
souviens même pas l’avoir présenté à un éditeur… C’était un roman
humoristique. Une sorte de parodie mais avec une intrigue policière. C’était
avant Le désert rouge, probablement. Évidemment, le journalisme a
beaucoup évolué depuis.
RDN : Qu'est-ce qui vous a poussée à écrire pour une collection comme
«Angoisse» ? On sent chez vous plus un intérêt pour la peur que pour le
fantastique…
DR : Au
Fleuve Noir, la collection « Spécial Police » avait déjà ses
auteurs maisons, contrairement à la collection « Angoisse », encore
ouverte. Et comme, en dehors du Fantastique, le suspense y avait sa place, je
n’ai pas hésité à m’y engager. J’ajouterai que, me sentant à l’aise
dans la collection »Angoisse », je n’avais nullement le désir
d’en changer.
RDN :
Doit-on comprendre que votre première idée était d’écrire pour «Spécial
Police» mais que François Richard, le directeur littéraire de la maison, vous
ai plutôt proposé d’écrire pour «Angoisse» ?
DR : François
Richard se contentait seulement de suggérer.
RDN : Et
après la fin de la collection «Angoisse», n’avez-vous pas été tentée
d’essayer d’entrer à «Spécial Police» ?
DR : J’ai
en effet écrit un livre Règlement de comptes car je voulais m’essayer
dans le roman noir. Il n’a pas fait l’unanimité du comité de lecture. Il a
été édité finalement en 1994 sous le titre Doublé Fatal aux Editions
Rive Droite.
RDN :
Sous une belle couverture de Gourdon dans le style de la grande époque du
Fleuve Noir…
DR : L’éditeur de Rive Droite connaissait bien cet illustrateur. Je ne pensais pas compenser de cette manière le refus du manuscrit par la collection «Spécial Police»… Où alors c’est mon subconscient qui m’a joué des tours ! Pour la petite histoire, j’ai racheté tous les dessins originaux des couvertures de mes romans «Angoisse» par l’intermédiaire de l’éditeur de Rive Droite. Sauf deux, restées pour l’instant introuvables, celle de Boomerang et celle de L’homme aux lunettes noires…
RDN :
Votre seul livre paru dans la collection Anticipation, La nuit des
morphos (1975), était-il un «Angoisse» «redirigé» par le Fleuve après
la fin
de la collection ? Ou un livre écrit directement pour «Anticipation» ? Si
c'est le cas, pourquoi n'avoir pas continué dans «Anticipation» ?
DR : Ce
livre a été écrit directement pour « Anticipation ». Ce genre ne
m’attirait pas spécialement et je n’ai pas continué dans cette voie.
RDN : Vous souvenez-vous quels étaient les tirages de la collection «Angoisse» ?
DR : Les
tirages étaient différents selon les auteurs. Ils devaient osciller entre
10.000 et 35000 exemplaires… Je me situais dans la première moitié.
RDN :
Avez-vous rencontré d'autres auteurs du Fleuve Noir à l'époque ?
DR : Oui
car, lorsqu’un nouvel auteur entrait au Fleuve, il se présentait à ses confrères
lors d’une réunion amicale présidée par le directeur littéraire, à ce
moment-là, François Richard. Je me souviens principalement de Maurice Limat,
Dominique Arly, André Lay, André Caroff…
RDN :
Quel souvenir gardez-vous de François Richard ?
DR : J’ai
gardé de François Richard le souvenir d’un homme affable, ne tirant aucune
vanité de son titre de directeur littéraire aux Editions Fleuve Noir, toujours
prêt à aider les auteurs. Un homme convivial et très humain. C’était aussi
un bon vivant et un pince-sans-rire. . Il ne parlait jamais de lui. Ce qui
l’avait amené à bannir de sa conversation le « je ». Mais peut-être
n’était-ce qu’une sorte de jeu (sans jeu de mot).
RDN : Quelle a été la suite de votre carrière littéraire après le
Fleuve Noir ?
DR : Après
la période «Angoisse» au Fleuve Noir, j’ai écrit divers ouvrages sur
commande, notamment pour des personnes connues. Quelques unes appartenaient au
monde du spectacle et de la voyance… Puis en 1990, j’ai repris le cadre
historique du Désert rouge avec
De sable et de sang et d’autres personnages de fiction, dans le style
Grand Roman d’Aventures. Ensuite, je me suis lancée dans le Polar et j’ai
créé le personnage de « La Rouquine », infirmière de formation et
enquêtrice par goût de l’aventure. C’est un mélange de suspense et
d’humour, genre que j’apprécie particulièrement. Déjà, lorsque j’écrivais
au Fleuve, lors de la sortie de Le docteur soigne la veuve, Georges Nahon
écrivait dans Horizons du Fantastique : «Ce roman aurait pu très
bien paraître dans la série Spécial Police…L’originalité du roman conté
sur un ton amusant, proche du canular …cache sans doute quelque ironie
insidieuse parfois déconcertante.» Georges Nahon évoquait aussi de
solides connaissances en matière médicale, issues de ma formation
d’infirmière et que j’ai exploitées par la suite dans les « Rouquines ».
Le premier édité par Le Manuscrit.com, La Rouquine traque les Méchants,
a été au Palmarès « Polar » en 2001.
RDN : Des
auteurs vous ont-ils influencée particulièrement ?
DR : Non,
pas vraiment. Il y a simplement des genres que j’apprécie particulièrement,
comme l’humour anglais. Et j’apprécie aussi beaucoup le savoir-faire des
auteurs de romans policiers américains.
RDN :
Vous avez publié également un certain nombre de nouvelles. Qu’est-ce qui
vous plait le plus dans cette forme de récit ?
DR : C’est
un genre qui requiert de l’originalité et l’esprit de synthèse. Il faut
exprimer le maximum de choses en peu de pages et la chute doit être
spectaculaire. Il ne peut pas y avoir de longueurs et de considérations
superflues, pas de descriptions fastidieuses.
RDN : Une
de vos nouvelles policières a d’ailleurs été primée en 1999…
DR : Il
s’agissait de « Duo Fatal ». Elle est arrivée première au
concours lancé sur Internet cette année-là, à l’occasion du Salon du Roman
Noir de Cognac. Elle est parue en 1999 dans le collectif Perles Noires,
Editions Choucas Noir et a été reprise dans mon recueil La souris qui danse, publié au Québec en 2004.
RDN : Qu'est-ce qui vous a attirée dans l'expérience tentée par la
collection
Rivière Blanche ? Les Terrasses de la Nuit est-il un texte récent ou un
inédit de votre période Fleuve Noir ?
DR : Renouer
avec la grande littérature populaire m’a plu. Les Terrasses de la Nuit, était
un texte destiné au départ à la collection « Angoisse ». Il est
suivi de L’Etre aux yeux d’Améthyste, que l’on peut considérer
comme une suite à La nuit des morphos. Ce texte a été édité
auparavant par la Maison Rhodanienne de Poésie. J’ai collaboré pendant
quelques années à la Revue Rencontres Littéraires et Artistiques éditée par
cette Maison en tant que directeur Littéraire et Artistique.
RDN : Merci, Dominique
Rocher. 
 
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LE SITE WEB DE DOMINIQUE ROCHER On y trouve notamment plusieurs de ses nouvelles de suspense disponibles en ligne. |
BIBLIOGRAPHIE
Le
Désert rouge
Paris :
les Éditions du Scorpion, 1959
In-16 (19 cm), 189 p.

Délire
Paris : Éditions
Fleuve noir, 1969
250 p., 18 cm
Collection Angoisse #167

Boomerang
Paris : Éditions
Fleuve noir, 1969
234 p., 18 cm
Collection Angoisse #174

Les
voyances du Dr Basile
Paris : Éditions
Fleuve noir, 1970
235 p., 18 cm
Collection Angoisse ; 179

Le
pacte du sang
Paris : Éditions
Fleuve noir, 1970
234 p., 18 cm
Collection Angoisse ; 186

Le
docteur soigne la veuve
Paris : Éditions
Fleuve noir, 1971
236 p., 18 cm
Collection Angoisse ; 198

L’homme
aux lunettes noires
Paris : Éditions
Fleuve noir, 1971
234 p., 18 cm
Collection Angoisse ; 209

Le
monstre sans visage
Paris : Éditions
Fleuve noir, 1972
234 p., 18 cm
Collection Angoisse ; 221

Humeur
rouge
Paris : Éditions
Fleuve noir, 1973
236 p., 18 cm
Collection Angoisse ; 231

La
clinique de la mort
Paris :
Editions Fleuve Noir, 1974
218 p., 18 cm
Collection Angoisse #257

La
nuit des Morphos
Paris : Éditions
Fleuve noir, 1975
218 p., 18 cm
Collection Anticipation #685

De
sable et de sang
Paris :
Nouv. éd. Debresse, 1990
315 p., 21 cm

L'être
aux yeux d'améthyste
Sainte-Geneviève-des-bois
: Maison rhodanienne de poésie, 1994
151 p., 21 cm
Collection Rencontres artistiques et littéraires
Les
remèdes naturels du Dr Paul Gireaux
Paris, Ed. Rive droite, 1994
264 p., 21 cm
Traduit
en Espagnol (Paidotribo Editorial, 1998)
Doublé
fatal
Paris : Éd.
Rive droite, 1995
198 p. ; 18 cm

La
voie du seppuku
Paris : Éd.
Rive droite, 1996
240 p. ; 19 cm
Série
«La Rouquine»

Le
black, la meuf et l'intello
Lyon, Éd.
artisanales, 1998
209 p., 21 cm
La
Rouquine tranche dans le vif
Paris : Éditions
Le Manuscrit, 2002
176 p., 23 cm
Série «La Rouquine»

La
Rouquine traque les méchants
Paris : Éditions
Le Manuscrit, 2003
187 p., 23 cm
Série «La Rouquine». Version révisée de Le
black, la meuf et l’intello.
La
nuit des pantins
Paris : Éditions
Le Manuscrit, 2004
200 p., 23cm
Roman policier
La
souris qui danse
Saint-Jérôme, Québec : Éd. En Marge, 2004
65 p. ; 22 cm
Recueil
de 4 nouvelles de suspense.

Les
terrasses de la nuit
Encino,
Californie, USA : Black Coat Press, 2005
256 p., 20,5 cm
Collection Rivière Blanche # 2009
Contient aussi une version révisée de L'être aux yeux d'améthyste
Incident de parcours
Recueil de 15 nouvelles policières, fantastiques et mystérieuses.

Richard D. Nolane