Solitude
Quelle
est cette présence dont le mal est funeste - qui s'empare de tout et
dont le sortilège veut que par partage elle dépouille ses gens - là
où elle réside alors qu'elle ne le sait pas elle-même, reine sans
couronne, propriétaire sans titre, maîtresse sans amant, elle est
fille du chaos - avec ce pouvoir étrange de ne rien déranger des
lieux dont elle s'empare, mais d'instiller au coeur de qui elle visite
le goût à jamais imperceptible du néant - à qui possède, elle
retire, à qui n'a rien elle prête laissant et l'un et l'autre
l'amertume d'exister - car ce fait d'existence engendre, non plus la
pleine perception des choses qui comble la mesure de nos besoins, nés
avec nous, auxiliaires magiques qui révèle chacun à soi - mais bien
l' "hors de soi ", comme si l'âme n'était là dorénavant
que pour en refléter les dimensions inutiles, car inutiles à nous-mêmes
- son principe, ni majeur ni premier, car elle ne possède que celui-là
est de savoir nous dépouiller de tout - rien ne lui résiste, elle
avance et submerge, ses silences ont le fracas des foudres, sa réserve
à des insolences irrépressibles et tout possède, en sa présence se
découvre indigent - quelle est cette compagne qui fait les jours plus
longs, les nuits secrètes des grenades éclatées, les jours des boîtes
à bijoux par inadvertance répandus entre les mains d'un héraut qui
en ordonne le compte sans que jamais il n'apparaisse - quelle est ce
vin qui ne cède à la gorge aucune saveur de celles qui faisaient les
promesses de la vigne, cette lumière sombre, ces redites sonores dont
les échos devancent la mélodie même et laissant l'oreille interdite
ne lui permettent finalement de ne rien en entendre - goûte-la,
prends à la fontaine de ses eaux mensongères à ce point présentes
qu'elles en sont plus translucides encore, fraîches qu'elles glacent
et finissent par brûler - quelle est cette instigatrice de l'angoisse
dont la précaution constante est de veiller à ce que rien
n'aboutisse pour mieux durer toujours - angoisse qui cherche sa place
sans la trouver jamais, qui s'affaire et vaque aux abords comme pour
mieux revenir, fille de l'autre et sûre de son délétère pouvoir -
cette angoisse en somme est celle de l'incomplétude de soi, là même
où ce qui manque, agent primordial de vie, ne se manifeste si bien
qu'une fois disparu - lors, cette angoisse est celle de l'inachevé,
sa mère : la solitude…
louis-marClaude ©