Lettre au Ministre de l'Éducation du Québec

Le 5 mars 2004

 

 

Monsieur le Ministre,

 

 

Il y a quelques semaines, Le journal de Montréal publiait une série d'articles à la suite de l'expérience d'un journaliste dans une école. J'attendais avec impatience le dernier jour de la série alors que les autorités allaient se prononcer sur la question. J'ai été déçu par votre réaction; vous semblez être d'avis que les mesures présentement en place sont suffisantes.

 

La situation décrite par ce journaliste représente l'état des choses en général; tout ne va pas si mal partout, bien sûr, mais le taux d'abandon de la profession démontre qu'il y a un malaise certain, un problème sérieux.

 

La réforme sera un puissant outil de motivation mais ne réglera pas grand-chose, si on ne donne pas à l'école le pouvoir de ses responsabilités, si on ne s'attaque pas à la culture de l'enfant-roi et si on ne reconnaît pas que l'intégration est trop souvent un fiasco.

 

On a changé la culture face à la cigarette, on peut peut-être faire la même chose en ce qui concerne l'enfant-roi. D'ailleurs si on réussit à ce seul chapitre, on aura gagné la bataille.

 

L'intégration asymétrique est un désastre. L'élève régulier n'a plus aucun droit : on a enlevé de sa classe les meilleurs éléments, pour les mettre à l'International et on y intègre des enfants à problèmes multiples. L'autistique, lui, a droit à un adulte pour lui tout seul toute la journée, le surdoué est dans une classe spéciale à l'abri de l'intégration, le délinquant dérange, est suspendu pour aller jouer au club vidéo et revient déranger. Tous disposent d’une foule de droits, sauf l'élève régulier qui aimerait bien que le prof n'ait pas à passer la moitié de son temps à faire de la discipline.

 

Les écoles séparées pour les élèves en difficulté, c'était trop, mais tout le monde dans la même classe, sauf les meilleurs, c'est aller trop loin dans l'autre sens. À mon école, par exemple, on avait toutes les clientèles et d'excellents spécialistes, et ça marchait.

 

Une autre avenue consisterait à diminuer le nombre d'élèves par classe ou à donner à l'école d'autres pouvoirs que celui de suspendre à répétition.

 

Des mesures de ce genre ou toute autre mesure qui irait à la racine du problème seraient bienvenues. L'enseignement ne sera jamais un métier facile, mais il ne devrait jamais être quasi impossible.

 

Veuillez accepter, Monsieur le Ministre, l'expression de mes sentiments respectueux,

 

Serge Bellemare

Enseignant LBPSB

Accusé de réception

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