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Dernier livre
paru: Jacques Lamarche, Un homme, une époque |
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Le livre:
Visions de la Petite-Nation
>>> Il a eu une belle vie. À quelques détails près, je crois qu’il a eu la vie qu’il voulait. Mon père nous a trouvé, à mon frère et à moi, des maisons, des écoles, à l’occasion, il nous a même créé des emplois. Mon frère Serge l’a déjà mieux exprimé que moi, mon père, — mes parents en fait—, nous ont appris la liberté de penser, la liberté de parole et la liberté d’action. Aujourd’hui, je tiens à vous dire que Jacques Lamarche, l’homme que vous avez connu, n’était pas très différent du père qu’il a été avec nous. Il se battait pour des causes sociales, culturelles. Avec sa plume et sa parole, il partait en croisade, à la recherche de subventions, de solutions. Il a parlé haut et fort, il a décrié, il a raconté. Il a développé un amour pour la Petite-Nation comme on s’enracine dans un pays, En défendant des causes qu’il croyait justes, il essayait de donner aux futures générations le goût de bâtir un monde toujours meilleur. Chacun de vous alimentait sa passion fébrile qui donne des ailes créatrices, qui change les rêves en réalités.
Et si dans sa vie, chacun de vous lui a témoigné de
la reconnaissance, décerné des prix et remercié de milles façons,
Aujourd’hui, à cette dernière rencontre — il aimait les réunions et il
tenait à cette dernière— je suis certaine qu’il aurait tenu à vous
dire : merci pour toutes ces belles années. Le salon du livre de l’Outaouais se termine à peine : tant de livres encore à découvrir. Beaucoup pour la jeunesse, presque autant pour le développement personnel ou les guides pratiques… et un peu de littérature. Dans le méandre des noms connus, dans le vaste éventail des activités et lectures, quelques lancements sont passés inaperçus. Dont celui de Maison ouverte de Claire Boulé, aux Éditions Vermillon. Une auteure de l’Outaouais qui en est à sa première publication de fiction, une maison d’édition de l’est de l’Ontario : rien au départ qui pourrait laisser croire à une petite merveille. Comme celle dont on est fier de dénicher entre des centaines de banalités. C’est pourtant le cas. Née à Québec dont il reste visiblement des traces, Claire Boulé a enseigné la littérature au Cegep de l’Outaouais; membre de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais, elle excelle autant en poésie qu’en prose, à preuve son premier livre Poreuses frontières. Elle participe régulièrement à des lectures publiques. Son ouvrage fraîchement sorti de l’imprimerie livre des nouvelles, dont la première, une quarantaine de pages, donne son titre au livre, qui racontent des « échecs amoureux, défaites petites ou grandes, démissions ». Une publication qui nous offre tellement plus que le quatrième de couverture nous laisse entrevoir. Il présente des textes littéraires, bien écrits, au style recherché, à la construction… structurée. Un délice qui nous amène certes dans des paysages connus, mais décrits avec une telle richesse de vocabulaire que l’atmosphère qui s’en dégage nous donne à croire qu’il s’agit de lieux nouveaux. En prime, trois photographies qui illustrent des tableaux réalisés par l’auteure dont le cœur balance entre l’écriture et les arts visuels. Inévitablement, des touches de couleurs colorent ses récits. « Par quoi commencer? (…) Par les nuages qui, au nord, forment peu à peu des bouquets violets? Étrange couronne d’ombre, posée sur l’intérieur des terres, alors qu’en face, la grande étendue marine tremble dans la lumière. Une rumeur confuse, pleine d’échos lointains se perd dans les foins salés de la baie. » Un vrai livre, de la vraie littérature qui vaut plus qu’une simple recension. Un prix littéraire peut-être. Mais au moins une lecture, une visibilité, une critique.
BOULÉ,
Claire, Maison ouverte,
ISBN 1-897058-28-4,
Les Éditions du Vermillon, Ottawa, Ontario.
Dites-moi comment ça fonctionne? Je ne comprends pas. Depuis près de dix
ans, je côtoie des artistes peintres qui peignent du figuratif, des
histoires, des images, contrairement à ce qu’on appelle art actuel ou
moderne ou abstrait ou même contemporain (comme si l’art d’aujourd’hui
n’était pas contemporain, point), et, à lire les journaux, à suivre les
émissions de télé, à écouter les postes de radio, ils n’existent pas. Le pays de Canard Blanc
Sujet:
livre Le pays de Canard Blanc publié aux Écrits-Hautes-Terres
(lien>>>)
À Jean-Guy Paquin, Pierre Bernier, Laurence Bietlot et Jean-Luc Denat. À Benoît Bélanger et Lucie Chénier aussi.
Si je
crois savoir quelle part revient à Jean-Guy Paquin, l'auteur, je ne sais
trop laquelle revient à Jean-Luc Denat le graphiste, aussi je
m'adresse à tous.
Tour à tour
et sans ordre, revenant à chaque page, la graphiste, la lectrice et
l'auteure que je suis ont été ravies. Sans même parler de la petite
fille qui jouait les deux pieds dans l'eau de la baie de l'Ours ou
de la jeune femme qui a enseigné à l'école Adrien-Guillaume à
Chénéville pendant quatre ans.
Admirative
sans borne. Pour le graphisme en premier sûrement puisqu'il saute
aux yeux.
Pour le texte
ensuite, si différent de celui d'un historien, si vulgarisateur
soit-il, ou de celui d'un conteur aussi qui serait moins poète. Le
texte riche d'images, de paroles et de renseignements.
Dans un salon
du livre, je ne suis pas de celles qui ont hâte/besoin de rencontrer
l'auteur. Les mots du livre m'intéressent (ou non) plus que la
conversation de circonstance qui se tient entre un lecteur et un
auteur. Une fois les mots lus par contre, j'ai envie de dire combien
j'ai aimé. Et j'aime, inconditionnellement, sans réserve les mots,
trop rares, (les aimerais-je autant s'ils étaient plus fréquents?)
de Jean-Guy Paquin. Quoiqu'il écrive. Même une dédicace devient un
petit bijou. Et je n'ai lu que quelques débuts de chapitre!
De tous les
livres sur un village de la Petite-Nation, sur l'histoire de la
région, aucun, vraiment aucun ne vaut celui-ci. Tant par sa
signature, sa personnalité. Quelle belle surprise, quel beau mariage
entre les images, les témoignages, la légende et l'histoire. Quel
bel héritage à laisser comme des traces de pas que le sable de la
plage n'effacera pas.
Le temps d'y penserJ’ai beaucoup écrit, beaucoup lu aussi. Enfin peut-être pas autant que certains, mais plus que la moyenne. Mais j’ai peu publié. Ce qui fait de moi quoi? Un écrivain en devenir? Ai-je besoin de définition pour être, pour continuer à écrire? Les questions, chaque matin, se bousculent plus que les réponses. Chaque matin, aussi, tout de suite après le silence et un peu avant les bruits de la quotidienneté, du chien qui réclame sa pitance, du chat qui demande la porte, du soleil qui éclaire la forêt, des paroles des gens qui se lèvent; chaque matin, les mots s’imposent, clairs et forts, sûrs de leur droit à naître. Je me lève et tout s’enfuit, le doute s’infiltre. Le temps me rattrape. Ce matin, pourtant, Francine Chicoine, découverte dans le site internet des Éditions Vents d’ouest qui m’ont retourné, comme bien d’autres, mes derniers manuscrits, me redonne confiance : ses écrits sont hors collection. Ni récit, ni roman, ni fiction, ni nouvelles. Simplement dire. Comme moi. On aura beau me répéter que l’important n’est pas d’être publiée, qu'un manuscrit de Paul Auster a été refusé par 17 éditeurs avant de devenir un succès, que mes mots s’ils ont besoin d’être écrits, je n’ai qu’à les laisser aller, c’est comme parler à soi seul. À ne pas être écoutée, on finit par se taire. À ne pas être lue, on finit par ne plus trouver de motivation pour écrire. À quoi bon? Le peintre qui ne vend jamais ses peintures ou n’expose pas, ne peindra jamais 150 tableaux par année. Et encore, un peintre peut donner ses tableaux à ses amis, ses enfants. Je me vois mal offrir mes manuscrits à mes amis : « Tiens j’ai écrit ça, je te le donne ». « Il est long ce temps de l’écriture, si long d’errances et de fulgurances, de murmures et de biffures, de valse-hésitation et de dépuration ». Francine Chicoine. Dans mon cas, il est parfois si long ce temps, le matin, que la journée y passe.
Le presbytère de Notre-Dame-de-la-Paix est mort Mardi 2 juillet 2002
C'est par écrit qu'il parlait le mieux Je suis de celles qui croient qu’on
vient sur terre pour faire l’expérience de la vie. J’ai travaillé avec
Paul Gauthier pendant de nombreuses
années au journal La Petite-Nation. Il arrivait très tôt le
matin et il écrivait. Abondamment, facilement. Nous produisions un
hebdomadaire, il aurait pu remplir un quotidien. Ça lui brisait le cœur
de devoir choisir les textes à publier. Pour réussir à en faire paraître
le plus possible, il a développé un talent inouï du condensé. Il avait
l’amour et le respect des mots. C’est par écrit qu’il parlait le mieux.
L'église n'aura pas eu cent ans
Il n’y a pas de hasard, nous dit-on depuis quelques années. Sauf que
la compréhension des faits, le pourquoi des événements n’est pas
toujours évident. Comme par hasard donc, tant que je ne saurai pas le
pourquoi des choses, depuis un an, certains citoyens et citoyennes
essaient de sauver le presbytère de Notre-Dame-de-la-Paix. D’autres
préfèreraient du neuf. Pour eux le vieux, c’est la misère, c’est
du temps qu’ils en arrachaient. Du neuf c’est la prospérité, je ne
sais trop, parce que moi je suis du côté de l’importance du
patrimoine, des racines, de l’identité de ce qu’on laisse à nos
enfants, même si je n’en ai pas. Comme par hasard la municipalité fêtera
ses cent ans l’an prochain. Comme par hasard, c’est le lundi de la réunion
du conseil avec un nouveau maire qui vient tout juste d’être élu.
Dix-huit ans qu’on avait l’ancien qui a fait le saut en politique fédérale.
Une réunion qui se tient dans une salle désuète que les assureurs ne
veulent plus protéger paraît-il. Une salle tout à côté de l’église
et du presbytère. Comme par hasard c’est ce soir qu’un comité
provisoire pour la sauvegarde du presbytère devait demander une réunion
pour qu’on en parle, pour qu’on regarde d’autres avenues. Comme
par hasard c’est en fin de semaine que je suis allée me promener dans
Brome-Missiquoi, une région des Cantons de l’est. Où j’ai vu le
patrimoine sauvegardé, mis en valeur. Où j’ai vu la culture,
l’architecture montrés, structurés. Où j’ai vu les Québécois
anglophones fiers de leur histoire, de leurs paysages. Pourquoi
la mer comme bannière? Parce qu'elle coule en moi, parfois forte en éclatant
sur un rocher, parfois tranquille comme une berceuse.
C'est par le son que je m'aperçois de mon réveil. Ma conscience le
savait, me le disait mais il faut le chant d'un oiseau, le bruit d'une
planche de bois qui craque, le saut de mon chien sur la galerie pour que
mes sens réalisent et confirment ce que mon cerveau avait déjà
remarqué. Sur le chemin de ma guérison parce que la maladie est venue
me montrer la précarité de ma vie, sur le chemin de mon rythme
nouveau, parce que je ne suis plus pressée de partir travailler à
l'extérieur le matin, la deuxième pensée me réveille tout à fait.
À la fois constatation et reconnaissance: je respire encore. Je suis
encore en vie. J'aurais pu ne pas l'être. Il m'est donné une autre
journée. Merci mon corps, merci mon âme divine. Ai eu en cadeau de Noël: L'Abondance dans la simplicité de Sarah Ban Breathnach. Je pourrais le juger, le classer, le situer. Ça le limiterait. Le livre n'a de limites que les nôtres. À chacun de découvrir ce qu'il peut lui apporter. À elles seules, les très nombreuses citations judicieusement choisies, suffiraient à en justifier la lecture. Un des mérites: donne le goût de lire d'autres livres. Et être enfin soi. Que soi. Tout soi. Pourquoi
aller ailleurs pour parler d'ici. Les grands pins rouges À force de penser à y aller, je ne bouge pas puisque je ne pense qu'à y aller. Penser, rêver, ce n'est pas agir. Alors je plonge. Poussée par l'urgence de réaliser mes rêves avant de quitter cette vie. Bon, oui, je plonge. En fait, je suis plutôt sur le bord de la piscine, à regarder l'eau. Pas Narcisse qui va y tomber, mais figée, m'admirant d'être déjà ici. Là. Le froid de l'immobilité me poussera finalement à bouger. Je respire. Je fais le vide. D'abord me libérer des mots des autres. Des si nombreux, si beaux mots des autres qu'ils remplissent mon esprit et m'empêchent de trouver les miens. Faire le vide pour voir l'arbre rare qui surgira de la forêt dense et surpeuplée de mon esprit. Avec un peu de chance, accueillir celui qui pousse dans mon âme. Ne porter attention qu'à un arbre à la fois. Le grand pin rouge s'impose. Au loin quelques mélèzes aussi. Plus loin encore, sur la montagne, une érablière attend la fin de l'hiver pour revivre. Mais au premier plan, une plantation. M'en tenir là pour aujourd'hui. À ce grand conifère le plus souvent droit et pressé de pousser. Si facile de compter son âge parce qu'il pousse d'un pied à chaque année, quand la nature lui offre ce dont il a besoin. Entre cinq et six branches qui tomberont et feront un tour de noeuds. On compte les tours de noeuds et les tours de branches jusqu'au sommet, si on a la chance de l'apercevoir, et on sait l'âge de l'arbre. On sait depuis combien de temps on l'admire. On sait combien il vaut: pas grand chose avant trente-cinq ans. De toute façon, les miens ne sont pas à couper ni à vendre. Quand je suis arrivée, ils avaient cinq ans et donc cinq pieds. Venant d'une ville de feuillus, je croyais naïvement ne recevoir jamais d'ombre! Ça épate les gens quand je leur apprends à compter l'âge des grands pins rouges. Je ne sais pas pour les autres conifères. Je sais seulement pour les arbres de ma cour arrière. Je sais aussi les oiseaux qui s'y aventurent. Pas aussi nombreux que je le voudrais, mais fidèles. Les moins peureux sans doute parce qu'ils côtoient les écureuils, parce qu'ils n'ont pas de grandes aires pour s'envoler. J'aime ces grands pins rouges pour tout ce qu'ils cachent. Les mésanges, les geais bleus, les bruants hudsoniens qui viennent quêter leurs graines de tournesol sous ma fenêtre. Les rayons de soleil, le matin, rougeâtres en été parce qu'ils se reflètent sur l'amas d'aiguilles rouges tombées des branches, brumeux en automne et au printemps quand la terre est froide et blancs l'hiver quand la neige, de moins en moins abondante, parvient enfin à s'accumuler au pied des troncs, protégeant les racines du gel. Une fois un orignal, plusieurs fois des chevreuils curieux d'aller voir les grands champs d'en face. Même un ours s'y est réfugié l'été dernier, peureux des hommes et gêné d'avoir été découvert. Des humains, très peu si ce n'est moi qui y ai installé un banc sur lequel je médite, le regard tourné vers l'est à chercher le soleil assez haut pour que je l'aperçoive entre les longs troncs minces mais pas trop pour qu'il se cache (lui aussi) derrière les branches aux aiguilles vertes qui forment des boucles touffues. Si ce n'est aussi les gens qui viennent voir des tableaux accrochés lors d'une tournée d'artistes. Des paysages dans le paysage. Les gens apprécient. Je leur raconte alors comment on compte l'âge des pins rouges. Ils n'achètent pas toujours les tableaux mais chaque fois se souviennent du sentier, des grands arbres, du banc vert que je laisse sur place. Peut-être sentent-ils comme moi toute l'énergie, toutes les vibrations, tout l'amour qu'il y a entre ces grands arbres protecteurs et moi. Entre mes veines et leur sève, la même vie.
J'aime les mots et les peintures. J'aime que les mots et les peintures
me fassent rêver. Le livre de Jean-Paul Filion, paru aux Écrits des
Hautes-Terres, a réussi mieux encore: il m'a fait m'envoler. Au-dessus
des arbres et des êtres. Au-delà de moi-même. Je m'écartais
justement du plus beau de mon âme, me laissant envahir par tout ce qui
ne coule pas. Il m'a montré la source. Les conteries de Jean-Bel,
à lire pour se souvenir comment voir la vie autrement, à entendre le
violon qui fait rêver et à regarder un peu mieux nos ailes qui nous
permettent de nous envoler. Un livre qu'il faut relire deux ou trois fois dans la même semaine et qu'on peut reprendre n'importe quand. Des histoires qui se lisent en une heure, mais alors tu n'as rien goûté, rien digéré, elles passeront d'un seul coup sans s'attarder dans ta mémoire, encore moins dans ton imagination. Il faut les reprendre, une par une, pour les lire avec plus que les yeux. Avec les oreilles, avec les images des violons bleus, avec la folie qui nous habite tous et qu'on relègue aux oubliettes de l'enfance croyant faussement que c'est leur place. Et chacune alors vous fera des diamants dans le sourire et les phrases vous resteront dans le coeur comme des notes de «violon-ciel»
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