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Dernier livre paru: Jacques Lamarche, Un homme, une époque
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Répertoire des artistes québécois


Textes
Dernier hommage à mon père, Jacques Lamarche>>>

Un coup de cœur littéraire>>>
L'art visuel et les medias >>>
Le
pays de Canard Blanc
>>>
Le temps d'y penser >>>
Le presbytère de Notre-Dame-de-la-Paix est mort >>>
C'est par écrit que Paul Gauthier parlait le mieux >>>
L'église n'aura pas eu cent ans >>>

Pourquoi la mer >>>
Éveil >>>
Cadeau de Noël >>>
Racines
>>>
Les grands pins rouges
>>>
Le violon qui fait rêver >>>   
Irène Frain
>>>


Le livre: Visions de la Petite-Nation >>>

Dernier hommage à mon père, Jacques Lamarche,
lu à son service le 19 août 2006

Il a eu une belle vie. À quelques détails près, je crois qu’il a eu la vie qu’il voulait.

Mon père nous a trouvé, à mon frère et à moi, des maisons, des écoles, à l’occasion, il nous a même créé des emplois. Mon frère Serge l’a déjà mieux exprimé que moi, mon père, — mes parents en fait—, nous ont appris la liberté de penser, la liberté de parole et la liberté d’action.

Aujourd’hui, je tiens à vous dire que Jacques Lamarche, l’homme que vous avez connu, n’était pas très différent du père qu’il a été avec nous.

Il se battait pour des causes sociales, culturelles. Avec sa plume et sa parole, il partait en croisade, à la recherche de subventions, de solutions. Il a parlé haut et fort, il a décrié, il a raconté. Il a développé un amour pour la Petite-Nation comme on s’enracine dans un pays, En défendant des causes qu’il croyait justes, il essayait de donner aux futures générations le goût de bâtir un monde toujours meilleur. Chacun de vous alimentait sa passion fébrile qui donne des ailes créatrices, qui change les rêves en réalités.

 Et si dans sa vie, chacun de vous lui a témoigné de la reconnaissance, décerné des prix et remercié de milles façons, Aujourd’hui, à cette dernière rencontre — il aimait les réunions et il tenait à cette dernière— je suis certaine qu’il aurait tenu à vous dire : merci pour toutes ces belles années.
 

Un coup de cœur littéraire

Le salon du livre de l’Outaouais se termine à peine : tant de livres encore à découvrir. Beaucoup pour la jeunesse, presque autant pour le développement personnel ou les guides pratiques… et un peu de littérature. Dans le méandre des noms connus, dans le vaste éventail des activités et lectures, quelques lancements sont passés inaperçus.

Dont celui de Maison ouverte de Claire Boulé, aux Éditions Vermillon.

Une auteure de l’Outaouais qui en est à sa première publication de fiction, une maison d’édition de l’est de l’Ontario : rien au départ qui pourrait laisser croire à une petite merveille. Comme celle dont on est fier de dénicher entre des centaines de banalités. C’est pourtant le cas.

Née à Québec dont il reste visiblement des traces, Claire Boulé a enseigné la littérature au Cegep de l’Outaouais; membre de l’Association des auteurs et auteures de l’Outaouais, elle excelle autant en poésie qu’en prose, à preuve son premier livre Poreuses frontières. Elle participe régulièrement à des lectures publiques.

Son ouvrage fraîchement sorti de l’imprimerie livre des nouvelles, dont la première, une quarantaine de pages, donne son titre au livre, qui racontent des « échecs amoureux, défaites petites ou grandes, démissions ». Une publication qui nous offre tellement plus que le quatrième de couverture nous laisse entrevoir. Il présente des textes littéraires, bien écrits, au style recherché, à la construction… structurée. Un délice qui nous amène certes dans des paysages connus, mais décrits avec une telle richesse de vocabulaire que l’atmosphère qui s’en dégage nous donne à croire qu’il s’agit de lieux nouveaux.

En prime, trois photographies qui illustrent des tableaux réalisés par l’auteure dont le cœur balance entre l’écriture et les arts visuels. Inévitablement, des touches de couleurs colorent ses récits. « Par quoi commencer? (…) Par les nuages qui, au nord, forment peu à peu des bouquets violets? Étrange couronne d’ombre, posée sur l’intérieur des terres, alors qu’en face, la grande étendue marine tremble dans la lumière. Une rumeur confuse, pleine d’échos lointains se perd dans les foins salés de la baie. »

Un vrai livre, de la vraie littérature qui vaut plus qu’une simple recension. Un prix littéraire peut-être. Mais au moins une lecture, une visibilité, une critique. 

BOULÉ, Claire, Maison ouverte, ISBN 1-897058-28-4, Les Éditions du Vermillon, Ottawa, Ontario.

L'art visuel et les medias

Dites-moi comment ça fonctionne? Je ne comprends pas. Depuis près de dix ans, je côtoie des artistes peintres qui peignent du figuratif, des histoires, des images, contrairement à ce qu’on appelle art actuel ou moderne ou abstrait ou même contemporain (comme si l’art d’aujourd’hui n’était pas contemporain, point), et, à lire les journaux, à suivre les émissions de télé, à écouter les postes de radio, ils n’existent pas.
       Expliquez-moi pourquoi les médias, quand ils traitent d’art visuel — et je dis bien quand parce qu’en plus, avec la danse, l’art visuel est bien loin dans le traitement de la nouvelle culturelle—, ne parlent que d’art abstrait
       Quand — et surtout pourquoi— a-t-on commencé à séparer l’art abstrait et l’art figuratif. Au Cégep, à l’université? Pourtant quand il est question des expositions dans les Musées des Beaux-Arts du monde entier, on ne fait pas la différence. Renoir, Corot, Van Gogh, Marc-Aurèle Fortin côtoient les Polock, Borduas, Gauvreau. Mais dès qu’on arrive aux années deux mille, fini : il n’y en a plus que pour les centres autogérés, les institutions muséales, les centres culturels, les galeries d’art contemporain, les galeries d’art subventionnées, les galeries d’art municipales.
       Que les universitaires, que les conseils de la culture, que les donneurs de subventions de tout acabit lèvent le nez sur l’art figuratif qu’ils appellent « commercial » comme ils diraient « vulgaires », ça les regarde, c’est leur problème. On les ignore ou on joue le jeu, on apprécie quand on montre, le temps d’une exposition, les œuvres d’un artiste peintre figuratif (qui en général a un nom qui sonne étranger ou mieux encore qui a fait des études dans une université étrangère), mais pourquoi les médias qui ne sont pas à leur solde que je sache?
       Expliquez-moi. Depuis plusieurs années j’épluche les journaux, je m’abonne à quelques revues, une seule à ma connaissance couvre exclusivement l’art figuratif, les autres l’effleurent parfois, pour plaire aux annonceurs peut-être. Et ne fuyez pas, en disant que oui, une fois, deux fois, en telle année, nous en avons parlé. Une chronique hebdomadaire reflèterait la réalité.
       Donnez-moi des raisons que je les réfute une par une.
       Parce que les journalistes ne connaissent pas les peintres? Impossible, ils n’ont qu’à feuilleter un répertoire canadien. Ils ne savent pas que les symposiums, les expositions se multiplient? Impossible, quinze minutes sur Internet et ils s’apercevraient qu’on peut parcourir le Québec au grand complet de mai à novembre et ils n’auraient pas tout vu. Ils reçoivent plus de communiqués de presse des institutions que des organisations, que des peintres? Ça me surprendrait à moins que, découragés devant leur silence, ceux-ci aient renoncé à les informer. Les lecteurs ne s’intéressent pas à cet art? Ils sont déjà des milliers à visiter les expositions champêtres, assister aux vernissages, courir les ateliers pendant la belle saison, s’agglutiner autour de peintres qui peignent sur le motif. Qu’est-ce que ce serait s’ils étaient informés! L’art figuratif n’est pas un art, n’est pas une création, seulement de la décoration? Et bien, soit parlez-en au moins dans la section décoration. Est-ce sciemment que vous avez relégué cette responsabilité aux  hebdos régionaux, aux chaînes locales, aux chaînes de télévision spécialisées (que je félicite en passant, eux au moins ils en parlent)? Ça fait d’eux des peintres régionaux et pourquoi alors les artistes peintres en art abstrait ont une visibilité provinciale grâce aux quotidiens, aux émissions de réseau ? Même chose pour les symposiums qui pourtant accueillent des peintres de partout et non seulement quelques personnes d’une même région. L’amateur de Chicoutimi doit savoir qu’il y a un symposium dans les cantons de l’est, qu’il y a un circuit estival en Outaouais, une tournée des ateliers en Gaspésie. Que les gens puissent  savoir ce que signifient les acronymes SCA, RCA, IAF. Que tous ces jeunes retraités en recherche de loisirs puissent nommer quelques noms, admirer quelques célébrités, avant de les choisir comme modèles. Montrer d’autres modèles que les vedettes de cinéma, de spectacles. Que les gens apprennent que les couleurs du tableau, au moins quand il s’agit d’un original, n’ont pas à s’harmoniser avec la couleur de leur mur. Une œuvre d’art est un coup de cœur. Que les gens apprennent la différence entre une reproduction, un giclée, une estampe, une lithographie. Que les gens sachent qu’il n’y a pas que Baie-Saint-Paul, le Vieux-Montréal ou le Vieux-Québec qui regorgent de galeries, qui présentent les œuvres des artistes peintres. Que les tableaux ne sont pas hors de prix. Que ce n’est pas que pour les gens riches. Une préposée d’un centre culturel m’a déjà dit : « les artistes peintres figuratifs peuvent vivre de leur art, ils peuvent vendre leurs tableaux, pas les artistes peintres d’art moderne ». Alors chasse gardée les centres culturels? Installations et techniques mixtes d’abord. Pourquoi de telles cloisons qui ne profitent à personne?
       Mais qui leur dira si les journalistes n’en parlent pas? Dites-moi pourquoi ils n’écrivent pas sur le sujet? Donnez-moi une seule bonne raison? Journalistes de tout média, osez que diable, diffusez, dites-le. C’est comme le vin, comme la gastronomie : un goût qui se cultive. Qu’attendez-vous pour vous mettre au goût du jour? Avez-vous besoin de noms? 

Le pays de Canard Blanc

     Sujet: livre Le pays de Canard Blanc publié aux Écrits-Hautes-Terres (lien>>>)
     À Jean-Guy Paquin, Pierre Bernier, Laurence Bietlot et Jean-Luc Denat. À Benoît Bélanger et Lucie Chénier aussi.
      Si je crois savoir quelle part revient à Jean-Guy Paquin, l'auteur, je ne sais trop laquelle revient à Jean-Luc Denat le graphiste, aussi je m'adresse à tous.
      Tour à tour et sans ordre, revenant à chaque page, la graphiste, la lectrice et l'auteure que je suis ont été ravies. Sans même parler de la petite fille qui jouait les deux pieds dans l'eau de la baie de l'Ours ou de la jeune femme qui a enseigné à l'école Adrien-Guillaume à Chénéville pendant quatre ans. 
      Admirative sans borne. Pour le graphisme en premier sûrement puisqu'il saute aux yeux.
      Pour le texte ensuite, si différent de celui d'un historien, si vulgarisateur soit-il, ou de celui d'un conteur aussi qui serait moins poète. Le texte riche d'images, de paroles et de renseignements. 
      Dans un salon du livre, je ne suis pas de celles qui ont hâte/besoin de rencontrer l'auteur. Les mots du livre m'intéressent (ou non) plus que la conversation de circonstance qui se tient entre un lecteur et un auteur. Une fois les mots lus par contre, j'ai envie de dire combien j'ai aimé. Et j'aime, inconditionnellement, sans réserve les mots, trop rares, (les aimerais-je autant s'ils étaient plus fréquents?) de Jean-Guy Paquin. Quoiqu'il écrive. Même une dédicace devient un petit bijou. Et je n'ai lu que quelques débuts de chapitre!
      De tous les livres sur un village de la Petite-Nation, sur l'histoire de la région, aucun, vraiment aucun ne vaut celui-ci. Tant par sa signature, sa personnalité. Quelle belle surprise, quel beau mariage entre les images, les témoignages, la légende et l'histoire. Quel bel héritage à laisser comme des traces de pas que le sable de la plage n'effacera pas.
 

Le temps d'y penser

    J’ai beaucoup écrit, beaucoup lu aussi. Enfin peut-être pas autant que certains, mais plus que la moyenne. Mais j’ai peu publié. Ce qui fait de moi quoi? Un écrivain en devenir? Ai-je besoin de définition pour être, pour continuer à écrire? Les questions, chaque matin, se bousculent plus que les réponses. Chaque matin, aussi, tout de suite après le silence et un peu avant les bruits de la quotidienneté, du chien qui réclame sa pitance, du chat qui demande la porte, du soleil qui éclaire la forêt, des paroles des gens qui se lèvent; chaque matin, les mots s’imposent, clairs et forts, sûrs de leur droit à naître. Je me lève et tout s’enfuit, le doute s’infiltre. Le temps me rattrape.

     Ce matin, pourtant, Francine Chicoine, découverte dans le site internet des Éditions Vents d’ouest qui m’ont retourné, comme bien d’autres, mes derniers manuscrits, me redonne confiance : ses écrits sont hors collection. Ni récit, ni roman, ni fiction, ni nouvelles. Simplement dire. Comme moi. On aura beau me répéter que l’important n’est pas d’être publiée, qu'un manuscrit de Paul Auster a été refusé par 17 éditeurs avant de devenir un succès, que mes mots s’ils ont besoin d’être écrits, je n’ai qu’à les laisser aller, c’est comme parler à soi seul. À ne pas être écoutée, on finit par se taire. À ne pas être lue, on finit par ne plus trouver de motivation pour écrire. À quoi bon? Le peintre qui ne vend jamais ses peintures ou n’expose pas, ne peindra jamais 150 tableaux par année. Et encore, un peintre peut donner ses tableaux à ses amis, ses enfants. Je me vois mal offrir mes manuscrits à mes amis : « Tiens j’ai écrit ça, je te le donne ».

      « Il est long ce temps de l’écriture, si long d’errances et de fulgurances, de murmures et de biffures, de valse-hésitation et de dépuration ». Francine Chicoine. Dans mon cas, il est parfois si long ce temps, le matin, que la journée y passe.

 

Le presbytère de Notre-Dame-de-la-Paix est mort

 Mardi 2 juillet 2002
     Comme la majorité des gens je suppose, à cause de la température et de l’humidité, j’avais eu de la difficulté à dormir. La sonnerie du téléphone me réveille à 7h10. Qui peut bien m’appeler à cette heure matinale? Ça doit être normal, je pense à mes parents dans ces cas-là, lequel est mort? Aucun, mais il y a bien mort : le presbytère est en train d’être démoli.
     Ça y est. Depuis deux ans qu’il en est question. Je me rue au village, appareil photo à la main. Première impression, c’est comme un coup de poignard dans le dos : ils commencent par derrière. Je tremble tellement que je crains que les photos soient floues. Il n’y a pas un an, en novembre, j’étais là, à côté, à  regarder l’église passer au feu. Ce matin, c’est pire encore parce que ce fut un choix. Le choix du conseil municipal, pas le mien. Ça fait mal. Ils auraient pu vendre les fenêtres au moins, les cailles électriques. Ils auraient pu envisager tellement d’autres possibilités. Depuis deux ans, on leur a dit ce qu’ils auraient pu faire avec. En quatre mois, un groupe a travaillé à rencontrer des experts pour leur prouver que le presbytère pouvait encore être rénové et utilisable. On leur a offert sur un plateau deux subventions possibles pour la sauvegarde, ils n’en ont pas voulu. Ils ont choisi la démolition. Depuis le début et malgré tous les essais de plusieurs personnes, ils s’y sont tenus à cette décision. Ils veulent le terrain pour construire une nouvelle salle (pour laquelle, eux, ils n’ont pas encore de subventions).

     7h30 : je photographie un des conseillers, un des plus farouches opposants à la sauvegarde. Pour lui, le bâtiment était fini, pourtant le bois craque, ce n’est pas du bois pourri qui craquerait. Pour l’instant je ne dis rien, je parlerai en novembre prochain, quand il se présentera aux élections municipales. S’il ose.  Non, je n’aurai rien oublié quoiqu’il en dise.
     8h10, le camion des ordures passe à la maison. J’ai envie de sortir et dire à mon chien de ne pas s’approcher de ces gens-là, ils seraient bien capables de le prendre et de le jeter au dépotoir lui aussi. Non, ni l’amour ni la compassion ne passent, la compréhension encore moins.
     9h00, j’y retourne. Que se passe-t-il donc dans cette municipalité qui voit disparaître un à un ses bâtiments et institutions : la caisse populaire fermera en octobre prochain et l’école qui vivote avec ses trois classes. Je ne suis pas sûre moi qu’on soit un phoenix qui renaîtra de ses cendres. Pourtant en 1902, il y a cent ans, nous avions les mêmes chances de développement que les autres municipalités naissantes, qu’en avons-nous fait?
   10h18, le dernier pan du devant est tombé. Devant la cloche rescapée de l’église, devant les colombes de la paix qui surplombent une fontaine, devant le panneau qui indique « Notre-Dame-de-la-Paix vous reçoit », le presbytère centenaire s’effondre. Belle réception en effet, belle paix aussi! Nous sommes maintenant une vingtaine, tous convaincus que la municipalité a fait le mauvais choix : nous avons été plus de 150 de la municipalité, et plus de 216 en comptant ceux de la Petite-Nation, qui ont donné leur appui pour la sauvegarde, mais est-ce vraiment une question de nombre, une question de qui a tort ou raison?
    Nous nous sommes promenés devant la maison de notre député fédéral en klaxonnant. Pour lui signifier notre désapprobation. Nous lui signifierons encore plus lors du prochain scrutin.   
    Pendant la pause du démolisseur, nous avons ramassé des morceaux de pierre, de bois, de stuc, des bouts de tapis, des cahiers, des volutes. L’idée vient de ramasser des bribes de patrimoine, d’en faire une sculpture. Peut-être même mettre à l’intérieur des photos, des textes. Dans 100 ans, les gens pourront ouvrir le coffre aux trésors et découvrir leur passé. Glorieux? Ce sera à eux de décider.  

C'est par écrit qu'il parlait le mieux

    Je suis de celles qui croient qu’on vient sur terre pour faire l’expérience de la vie. J’ai travaillé avec Paul Gauthier pendant de nombreuses années au journal La Petite-Nation.  Il arrivait très tôt le matin et il écrivait. Abondamment, facilement. Nous produisions un hebdomadaire, il aurait pu remplir un quotidien. Ça lui brisait le cœur de devoir choisir les textes à publier. Pour réussir à en faire paraître le plus possible, il a développé un talent inouï du condensé. Il avait l’amour et le respect des mots. C’est par écrit qu’il parlait le mieux.
    J’ai lu quelque part que Dieu ne nous envoyait que des anges et que des miracles. Paul, je te remercie d’être passé dans ma vie et dans celle de la Petite-Nation. Tu avais peut-être des problèmes avec ta vie personnelle, mais crois-moi ta vie professionnelle a été d’une richesse incroyable et si Dieu est le grand Tout plein de lumière vers lequel nous nous dirigeons tous, je suis sûre que nos âmes, qui en sont des parties, s’écrivent en ce moment des mots de paix, d’amour et paradoxalement de vie.

L'église n'aura pas eu cent ans

    Il n’y a pas de hasard, nous dit-on depuis quelques années. Sauf que la compréhension des faits, le pourquoi des événements n’est pas toujours évident. Comme par hasard donc, tant que je ne saurai pas le pourquoi des choses, depuis un an, certains citoyens et citoyennes essaient de sauver le presbytère de Notre-Dame-de-la-Paix. D’autres préfèreraient du neuf. Pour eux le vieux, c’est la misère, c’est du temps qu’ils en arrachaient. Du neuf c’est la prospérité, je ne sais trop, parce que moi je suis du côté de l’importance du patrimoine, des racines, de l’identité de ce qu’on laisse à nos enfants, même si je n’en ai pas. Comme par hasard la municipalité fêtera ses cent ans l’an prochain. Comme par hasard, c’est le lundi de la réunion du conseil avec un nouveau maire qui vient tout juste d’être élu. Dix-huit ans qu’on avait l’ancien qui a fait le saut en politique fédérale. Une réunion qui se tient dans une salle désuète que les assureurs ne veulent plus protéger paraît-il. Une salle tout à côté de l’église et du presbytère. Comme par hasard c’est ce soir qu’un comité provisoire pour la sauvegarde du presbytère devait demander une réunion pour qu’on en parle, pour qu’on regarde d’autres avenues. Comme par hasard c’est en fin de semaine que je suis allée me promener dans Brome-Missiquoi, une région des Cantons de l’est. Où j’ai vu le patrimoine sauvegardé, mis en valeur. Où j’ai vu la culture, l’architecture montrés, structurés. Où j’ai vu les Québécois anglophones fiers de leur histoire, de leurs paysages.
   Comme par hasard l’église de Notre-Dame-de-la-Paix est en train de brûler. Justement ce soir, justement maintenant.
   Il y a ceux qui sont là à courir pour sauver ce qui peut être sauver : les archives, les calices, les habits, les chandeliers. Il y a ceux qui se sentent solidaires, émus, en colère mais ensemble comme au temps des corvées, comme au temps où justement toute la communauté la construisait cette église. Il y a ceux qui arrosent partout. Il y a ceux qui regardent impuissants, en pensant que peut-être le presbytère va y passer. La salle aussi. On sait pas.
   Moi j’écris. C’est ce que j’ai encore faire le mieux. C’est ma façon à moi de contribuer à être dans la communauté. L’église n’aura pas eu cent ans. Qu’est-ce qu’on peut sauver maintenant?


Pourquoi la mer 

Pourquoi la mer comme bannière? Parce qu'elle coule en moi, parfois forte en éclatant sur un rocher, parfois tranquille comme une berceuse. 
La mer calme, la mer sable. À l'infini, marcher sur une plage. La mer varech et coquillages. La mer gourmande pour écouter les pêcheurs me parler de leurs prises. La mer dessus, la mer au bord. La mer tous les jours et la mer en visite, en touriste. Juste pour la méditation, la réconciliation. 
Sans les tempêtes, sans les ouragans peut-être traversés en d'autres temps de la mémoire. Ce temps où j'ai déjà été capitaine de bateaux ou pêcheur de morue ou esclave.

Autant de mers que de jours: pour l'intimité, pour le défi, pour la survie, pour le silence, pour le vacarme, pour la mort, pour la vie.

Éveil

  C'est par le son que je m'aperçois de mon réveil. Ma conscience le savait, me le disait mais il faut le chant d'un oiseau, le bruit d'une planche de bois qui craque, le saut de mon chien sur la galerie pour que mes sens réalisent et confirment ce que mon cerveau avait déjà remarqué. Sur le chemin de ma guérison parce que la maladie est venue me montrer la précarité de ma vie, sur le chemin de mon rythme nouveau, parce que je ne suis plus pressée de partir travailler à l'extérieur le matin, la deuxième pensée me réveille tout à fait. À la fois constatation et reconnaissance: je respire encore. Je suis encore en vie. J'aurais pu ne pas l'être. Il m'est donné une autre journée. Merci mon corps, merci mon âme divine.
  Maintenant que je n'ai plus d'heure pour me lever, que le réveil-matin est débranché, que le temps ne se mesure plus par les «je dois» et les «il faut», je goûte le plaisir de m'éveiller à la vie, à ma vie. Seulement pour savoir s'il fait clair ou encore noir, j'ouvre un peu les yeux. Sachant pourtant que ce n'est pas cette façon de mesurer l'heure qui décidera de mon lever. Tout au plus une habitude qui se résorbe de semaine en semaine.
  Être avec  moi seule, être avec le soleil qui éclaire pour l'instant une toute petite partie du champ d'en face, reprendre contact avec cette énergie, le souffle et la lumière. Avant de me faire happer par les tribulations quotidiennes. Avec un peu de discipline d'ailleurs, avec cette heure consacrée à moi-même, à observer mes pensées, mes sentiments, à faire appel à mon soleil intérieur pour lui dire qu'encore aujourd'hui c'est lui qui conduira ma vie, avec pour seul bagage mon moi authentique, je ne me ferai justement pas happer par la vie. Au contraire, chaque geste, chaque regard, chaque mouvement, chaque parole couleront dans la joie. Je ne subirai pas, je serai.
  Les mots, tout comme les modes, changent, évoluent, s'adaptent, se créent avec les décennies, les nouvelles tendances. Si mes mots sont différents d'il y a vingt ans, la nouveauté, pour moi en tout cas, réside non dans leur agencement, mais dans l'urgence d'être écrits. Dans ce qu'ils m'apportent avec leur assemblage. comme si leur création, disons leur venue, réussissait à me faire prendre conscience de l'existence de leurs dires. Depuis longtemps, je les laisse venir, je les écoute. Ils venaient de l'esprit, parfois du coeur. Cette fois, ils s'imposent d'un plus grand ensemble. Composés de la mésange qui passe, du bleu du ciel qui filtre à travers les branches, de la lune qui se couche, du silence paisible. Ils délaissent alors l'histoire contée, la musique sous-jacente et s'inscrivent dans l'essence même de ma raison de vivre, ils deviennent mes pas alors qu'ils n'étaient que chaussures.

Cadeau de Noël

  Ai eu en cadeau de Noël: L'Abondance dans la simplicité de Sarah Ban Breathnach. Je pourrais le juger, le classer, le situer. Ça le limiterait. Le livre n'a de limites que les nôtres. À chacun de découvrir ce qu'il peut lui apporter. À elles seules, les très nombreuses citations judicieusement choisies, suffiraient à en justifier la lecture. Un des mérites: donne le goût de lire d'autres livres. Et être enfin soi. Que soi. Tout soi.

Racines

Pourquoi aller ailleurs pour parler d'ici.
Pourquoi rêver d'ailleurs alors que je suis ici.
Pourquoi chercher ailleurs ce qui a toujours été ici.
Tant que je voudrai voir la mer, la penser plus belle, plus forte, plus emballante, plus thérapeutique, je ne verrai ni la terre, ni les arbres ni les chemins qui m'entourent.
Si j'ai déjà été de la mer, du grand vent et des voilures,
je suis maintenant des champs et des toitures. Et des gens d'ici.
Si j'ai déjà beaucoup déménagé sans prendre racine, aujourd'hui, je regarde mes pas tracer le chemin.
Et je suis fière d'autant d'où je suis que d'où je viens.

Les grands pins rouges

À force de penser à y aller, je ne bouge pas puisque je ne pense qu'à y aller. Penser, rêver, ce n'est pas agir. Alors je plonge. Poussée par l'urgence de réaliser mes rêves avant de quitter cette vie. Bon, oui, je plonge. En fait, je suis plutôt sur le bord de la piscine, à regarder l'eau. Pas Narcisse qui va y tomber, mais figée, m'admirant d'être déjà ici. Là. Le froid de l'immobilité me poussera finalement à bouger.

Je respire. Je fais le vide. D'abord me libérer des mots des autres. Des si nombreux, si beaux mots des autres qu'ils remplissent mon esprit et m'empêchent de trouver les miens. Faire le vide pour voir l'arbre rare qui surgira de la forêt dense et surpeuplée de mon esprit. Avec un peu de chance, accueillir celui qui pousse dans mon âme.  Ne porter attention qu'à un arbre à la fois.

Le grand pin rouge s'impose. Au loin quelques mélèzes aussi. Plus loin encore, sur la montagne, une érablière attend la fin de l'hiver pour revivre. Mais au premier plan, une plantation. M'en tenir là pour aujourd'hui. À ce grand conifère le plus souvent droit et pressé de pousser. Si facile de compter son âge parce qu'il pousse d'un pied à chaque année, quand la nature lui offre ce dont il a besoin. Entre cinq et six branches qui tomberont et feront un tour de noeuds. On compte les tours de noeuds et les tours de branches jusqu'au sommet, si on a la chance de l'apercevoir, et on sait l'âge de l'arbre. On sait depuis combien de temps on l'admire. On sait combien il vaut: pas grand chose avant trente-cinq ans. De toute façon, les miens ne sont pas à couper ni à vendre. Quand je suis arrivée, ils avaient cinq ans et donc cinq pieds. Venant d'une ville de feuillus, je croyais naïvement ne recevoir  jamais d'ombre!

Ça épate les gens quand je leur apprends à compter l'âge des grands pins rouges. Je ne sais pas pour les autres conifères. Je sais seulement pour les arbres de ma cour arrière. Je sais aussi les oiseaux qui s'y aventurent. Pas aussi nombreux que je le voudrais, mais fidèles. Les moins peureux sans doute parce qu'ils côtoient les écureuils, parce qu'ils n'ont pas de grandes aires pour s'envoler. J'aime ces grands pins rouges pour tout ce qu'ils cachent. Les mésanges, les geais bleus, les bruants hudsoniens qui viennent quêter leurs graines de tournesol sous ma fenêtre. Les rayons de soleil, le matin, rougeâtres en été parce qu'ils se reflètent sur l'amas d'aiguilles rouges tombées des branches, brumeux en automne et au printemps quand la terre est froide et blancs l'hiver quand la neige, de moins en moins abondante, parvient enfin à s'accumuler au pied des troncs, protégeant les racines du gel. Une fois un orignal, plusieurs fois des chevreuils curieux d'aller voir les grands champs d'en face. Même un ours s'y est réfugié l'été dernier, peureux des hommes et gêné d'avoir été découvert. Des humains, très peu si ce n'est moi qui y ai installé un banc sur lequel je médite, le regard tourné vers l'est à chercher le soleil assez haut pour que je l'aperçoive entre les longs troncs minces mais pas trop pour qu'il se cache (lui aussi) derrière les branches aux aiguilles vertes qui forment des boucles touffues. Si ce n'est aussi les gens qui viennent voir des tableaux accrochés lors d'une tournée d'artistes. Des paysages dans le paysage. Les gens apprécient. Je leur raconte alors comment on compte l'âge des pins rouges. Ils n'achètent pas toujours les tableaux mais chaque fois se souviennent du sentier, des grands arbres, du banc vert que je laisse sur place. Peut-être sentent-ils comme moi toute l'énergie, toutes les vibrations, tout l'amour qu'il y a entre ces grands arbres protecteurs et moi. Entre mes veines et leur sève, la même vie.

Le violon qui fait rêver

  J'aime les mots et les peintures. J'aime que les mots et les peintures me fassent rêver. Le livre de Jean-Paul Filion, paru aux Écrits des Hautes-Terres, a réussi mieux encore: il m'a fait m'envoler. Au-dessus des arbres et des êtres. Au-delà de moi-même. Je m'écartais justement du plus beau de mon âme, me laissant envahir par tout ce qui ne coule pas. Il m'a montré la source. Les conteries de Jean-Bel, à lire pour se souvenir comment voir la vie autrement, à entendre le violon qui fait rêver et à regarder un peu mieux nos ailes qui nous permettent de nous envoler.
Merci à Jean-Paul Filion de l'avoir écrit. Merci aux Écrits Hautes-Terres de l'avoir publié.

Un livre qu'il faut relire deux ou trois fois dans la même semaine et qu'on peut reprendre n'importe quand. Des histoires qui se lisent en une heure, mais alors tu n'as rien goûté, rien digéré, elles passeront d'un seul coup sans s'attarder dans ta mémoire, encore moins dans ton imagination. Il faut les reprendre, une par une, pour les lire avec plus que les yeux. Avec les oreilles, avec les images des violons bleus, avec la folie qui nous habite tous et qu'on relègue aux oubliettes de l'enfance croyant faussement que c'est leur place. Et chacune alors vous fera des diamants dans le sourire et les phrases vous resteront dans le coeur comme des notes de «violon-ciel»

Irène Frain


   
La première fois que j'ai entendu parler de cette auteure, c'est à la radio. Ce qu'elle disait, comment elle le disait me donnait envie de la lire. Fayard venait de publier La maison de la source. C'était en novembre, mon père allait au Salon du livre de Montréal. Je lui ai demandé de l'acheter. Je n'achète pas tous les livres que j'aime. Parce qu'il y en aurait trop. Habituellement je le commande à la bibliothèque, je le lis et ensuite je juge si je tiens à l'avoir dans ma bibliothèque pour le relire. Celui-là, je l'ai tout de suite voulu. Sur le site d'Irène Frain, j'ai constaté l'abondance de ses publications, presqu'un livre par année depuis 1979 ce qui forçait mon admiration.
    J'ai donc lu avidement, avec délices, La maison de la source. J'ai appris que la Bretagne n'est pas qu'une région sur le bord de la mer, que nos racines sont parfois ancrées dans bien plus que de la terre. Un auteur qui me donne envie d'écrire est un bon auteur selon mes critères de sélection. Comme un bon film auquel je pense encore après trois jours. Irène Frain est parmi ceux-là.
  À la bibliothèque de Notre-Dame-de-la-Paix où je demeure, après six mois d'attente et d'espoirs, je n'ai pu obtenir d'autres titres. Je me suis abonnée à Saint-André-Avellin où j'ai retrouvé avec plaisir, dans les F, trois autres livres de cette Française pour qui les mots coulent aussi abondants que riches. J'ai lu Secret de famille et Histoire de Lou. Sans passer une page, autre signe que l'auteure sait captiver ma curiosité. Irène Frain peut fignoler une histoire complexe comme dans Secret de famille ou toute simple à un seul personnage comme Histoire de Lou. À partir de photos longuement examinées, toute une vie s'étale devant nos yeux.
   J'en suis à Devi. Rien que l'avertissement du début me met en appétit. Je rognerai sur mes horaires rien que pour poursuivre la lecture. Il me faudra lire encore beaucoup pour parvenir à écrire peut-être pas autant mais aussi bien. Alors je m'y jette tout de suite.

     
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