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Une découverte génétique pourrait révolutionner la médecine

LONDRES (AP) - La biologie entre dans une nouvelle ère avec la découverte, publiée ce week-end par le quotidien anglais "The Independent", d'un mécanisme appelé "interférence de l'ARN" permettant de mettre en sommeil des gènes précis, notamment pathogènes. Cette avancée pourrait déboucher sur de nouveaux traitements contre des maladies virales comme le sida et certains cancers.

Tout a commencé en 1990 avec des pétunias. Le professeur Richard Jorgensen, de l'Université d'Arizona, a tenté de rendre la couleur pourpre de la plante encore plus intense en injectant le gène responsable de la coloration.

A sa grande surprise, des fleurs blanches sont apparues. Il s'est avéré que le fait de greffer un gène dont la fonction était déjà assurée par un gène du pétunia inhibait le processus de coloration.

L'étape suivante a eu lieu en 1998 lorsque le biologiste Andrew Fire, de la Carnegie Institution de Washington, a découvert que l'acide ribonucléique (ARN), un proche cousin de l'ADN (acide désoxyribonucléique), pouvait "éteindre" les gènes.

Le Dr Fire a inventé l'expression "interférence de l'ARN" et l'a expliquée en soulignant que les gènes pouvaient être mis en sommeil de manière ciblée. Cela signifierait théoriquement que les gènes défectueux qui causent les tumeurs ou permettent à un virus de se reproduire dans une cellule pourraient être neutralisés.

Une nouvelle percée a été réalisée cette année grâce à des tests menés sur des cellules humaines. Auparavant, les expérimentations n'avaient porté que sur un ver et une mouche (la drosophile). Des études réalisées aux Etats-Unis et en Europe ont montré le mois dernier que des cellules humaines in vitro pouvaient ainsi être immunisées contre le virus du sida et celui de la poliomyélite. Les chercheurs pensent que le mécanisme de l'interférence de l'ARN pourrait aussi être efficace contre d'autres affections virales, certains cancers et pourrait même aider à supprimer le phénomène de rejet après une greffe.

Gordon Carmichael, biologiste de l'niversité du Connecticut et conseiller auprès de la revue britannique "Nature", évoque une "révolution" dans le domaine de la biologie. "Cela change même la manière dont nous concevons les expériences", souligne-t-il dans "The Independent". "Au cours de l'année écoulée, nous nous sommes rendu compte que le mécanisme de l'interférence de l'ARN marche tout aussi bien dans les cellules humaines. Cela a conduit à une explosion de l'intérêt (porté au phénomène)."

Certains chercheurs comparent cette avancée aux premiers pas des antibiotiques, qui ont changé radicalement la manière de soigner les maladies causées par les bactéries à la fin du XXe siècle.

Cette découverte "nous offre une méthode de loin la plus simple, la plus commode, pour inhiber l'action d'un gène dans l'ensemble des organismes vivants", commente le généticien français Axel Kahn dans les colonnes du "Monde". "On peut d'ores et déjà estimer que le fait de pouvoir, à volonté, inhiber l'expression de n'importe quel gène est un événement de toute première importance."

Si le Pr Khan juge prématuré de parler de révolution thérapeutique, il estime cependant que "nous sommes face à un nouveau continent de la biologie". "La fin du séquençage du génome humain n'est pas la fin de l'histoire de la compréhension du vivant", conclut-il.

Dépêche AFP, Lundi 12 août 2002

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Dernière mise à jour : vendredi, 30. août 2002



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