Je suis
bouleversée. Non, je suis en colère. Je suis en colère contre moi-même
pour ne pas avoir pris toutes ses herbes et ne pas avoir suivi le régime
qui est supposée me guérir, ou du moins améliorer les symptômes de
l’endométriose. Je suis en colère contre tous les hommes qui ont insulté
ma valeur en tant que femme avec leur blagues sur les règles. Je suis en
colère contre les docteurs qui me conseille d’être enceinte pour arrêter
la douleur chronique liée à l’endométriose et pour arrêter temporairement
le cycle de croissance de la maladie. Je suis en colère pour tous ses
enfants qui souffre d’abus et de négligence car des médecins avaient
conseillés la grossesse.
Comment un médecin peut me regarder dans les
yeux et me conseiller de tomber enceinte alors que je viens juste de lui
dire que je ne me sens pas assez prête et mature pour m’occuper durant le
reste de ma vie d’un enfant ? Je suis en colère quand aller aux toilettes
signifie découvrir des vêtements pleins de sang en me demandant combien de
temps cela va durer encore ; m’inquiétant si quelqu’un a remarqué les
taches de sang sur mes vêtements. Je suis en colère contre moi même
lorsque je pense qu’appeler mon médecin car les serviettes hygiéniques
sont insuffisantes face à mes saignements pourrait le déranger.
Je suis en colère contre ce corps qui abdique
devant cette maladie et qui a accepté une hystérectomie à l’âge de 23 ans.
Je suis en colère d’avoir une fois penser que j’avais un cancer de
l’utérus et d’avoir convaincu ma famille que ce n’était pas grave, que
j’aurai une hystérectomie et que j’allais vivre,vivre,vivre…Je suis en
colère d’avoir entendu que je n’avais pas de cancer mais que je devais
subir une hystérectomie. Je voulais mourir,mourir,mourir… Je suis en
colère contre tous ses médecins qui ne voulaient pas me donner plus de
médicaments contre la douleur, affirmant que j’étais une droguée,
dépassant les prescriptions ou exagérant mes douleurs. Ils ne voyait pas
seulement mon corps- ils voyaient aussi le vrai monstre qui vivait en
moi !
J’imagine bien la secrétaire médical mettant
sa main sur le combiné et demandant « C’est encore elle. Elle veut des
médicaments anti-douleurs. Qu’est-ce que je dois lui répondre? » Quelqu’un
lui répondant « dites lui que je la rappellerai ». « Nous vous
rappellerons ». Et combien de fois ai-je attendu à côté de mon téléphone
qui ne sonnait pas. Je suis en colère d’avoir du utiliser des amis d’amis
qui avaient du tylenol 3, et je suis en colère que mon corps puisse
tolérer jusqu’à dix comprimés sans aucun effet secondaire. Alors je suis
allongé sur le lit, recroquevillée dans une position fœtal avec deux
bouillottes sur mon ventre, pleurant de douleur. Mon mari retiens ses
larmes et me tiens la main. « Je voudrais tellement faire quelque
chose …dis moi… » il chuchote. Je blague « ne t’inquiètes pas chéri, les
douleurs se rapprochent …le bébé va bientôt arriver- je suis en travail
depuis 36 mois ! ». Il rit et j’essaye de faire pareil pour pouvoir
donner à mon plus grand supporter l’impression qu’il est avec celle dont
il est tombé amoureux. Mais elle a disparu.
Elle ne parle plus de donner un enfant à son
mari quand ils auront bâti la maison de leurs rêves. Ou quand ils ramènent
à la maison un salaire suffisant pour nourrir plus de deux personnes. Oh,
elle pleure encore devant les documentaires sur la grossesse et
l’accouchement à la télé , mais maintenant ses larmes sont pour autre
chose. Quand elle emmène son neveu et sa nièce pour une journée et qu’un
passant dit « Maman vous promène aujourd’hui ! » elle ne répond plus «
oh, je ne suis pas leur mère. Je suis leur tante préférée ». Au lieu de
cela elle s’imprègne des mots de cet étranger dans toutes les parties
d’elle et elle pense « Merci. Merci de m’avoir appeler Maman ». Tant que
les enfants sont encore trop jeunes pour la contredire, elle savoure ce
moment. Elle peut prétendre que cela est vrai
Elle est devenue celle que je suis
aujourd’hui. Une femme qui espère qu’un traitement sera trouvé contre
l’endométriose avant qu’elle ne meure. Une femme qui est heureuse
lorsqu’elle voit les photos des enfants à adopter et qui se dit avec
espoir « oui… peut-être… ». Une femme qui, malgré des douleurs si
fortes et semblant si abattue, s’est trouvée, et qui a réalisé qu’au lieu
de tout ce qui paraissait perdu, elle est entière et belle, juste comme
tout le monde se la rappelle. Ce qui peut lui semblait évident, face à
l’endométriose, est qu’elle rencontre son plus grand combat.
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