|
Les filles du distilbène
Entre 1950 et 1977, 160000 françaises ont pris
pendant leur grossesse un médicament hyper toxique ( et interdit aux
Etats-Unis !) : le Distilbène. Aujourd'hui, leurs filles se découvrent
bien souvent des malformations ou un cancer qui amenuisent leurs chances
de maternité. Un scandale qui éclate enfin, et que dénonce arte dans une
soirée thématique le 19 Février.
Par Marianne Mairesse
On les appelle les filles DES. Parce que leurs mères
ont pris pendant leur grossesse un médicament, le Distilbène, contenant du
diéthylstilbestrol, une hormone de synthèse censée leur épargner, entre
autres, des fausses couches. "Censé", car ce médicament en fait ne servait
à rien. Pire, il s'est révélé, dès 1971 aux Etats-Unis, extrêmement
dangereux. Interdit là-bas, on a scandaleusement attendu 1977, en France,
pour le retirer du marché. 80 000 filles sont concernées, et la plupart
d'entre elles ont aujourd'hui entre 26 et 36 ans. Leur utérus, leur col ou
leurs trompes sont souvent malformés. Elles connaissent, pour 30 à 40 %
d'entre elles, des problèmes de stérilité, risquent des grossesses
extra-utérine ( six fois plus que la population générale), des fausses
couches, des naissances prématurées, et plus rare, des cancers du col de
l'utérus ou du vagin.
Mais l'autre drame des filles DES c'est que souvent,
elles ignorent qu'elles en sont. Beaucoup de gynécologues n'en ont même
jamais entend parler, explique Anne-Laure Barbier, membre de l'association
Réseau DES. Quand on va chez son gynéco de quartier et qu'il est informé,
on a de la chance. Mais ce n'est pas normal que ce soit le hasard qui
décide." Bien plus grave, certains, face à cette monstrueuse erreur
médicale, se réfugient dans le déni, enterrant le trop gênant du problème.
"On est rapidement passé de "ce n'est pas si grave" à "maintenant le
distilbène c'est fini", constate Sylvie Epelboin, gynécologue à l'hôpital
Saint-Vincent-De-Paul à Paris. Pendant encore quinze ans, pourtant, des
femmes DES vont venir consulter". Et puis les problèmes intimes ne font
pas grand bruit. Peut-être, comme le dit Anne Levadou, présidente de
réseau DES, qu'on ne meurt pas assez du Distilbène...
A tous les stades, la maternité, pour une fille DES est
jalonnées d'angoissantes interrogations. Quand -et c'est souvent un
laborieux combat- elle parvient à être enceinte, elle a peur de s'investir
dans sa grossesse. Celle-ci risque bien plus qu'une autre d'être
interrompue. Face à toutes ces difficultés, s'ajoute celle de la relation
avec sa mère."Depuis que je suis enceinte, raconte Claire, je ne vois
presque plus ma mère. Je crois que son sentiment de culpabilité est
tellement lourd qu'elle préfère ne pas me regarder en face." A l'inverse,
certaines mères, engluées dans un souci de réparation, vivent presque par
procuration la grossesse de leur fille.
Dernière mise à jour :
mercredi, 31. juillet 2002
|