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Le mois d'octobre - du 8 au 14

Samedi, le 12 octobre

Déjà samedi. Et j'ai l'impression de jouer avec le feu en ce moment. Mon ordinateur semble avoir des problèmes techniques et je ne devrais peut-être pas m'en servir. Je n'y connais rien mais il est beaucoup trop silencieux, je pense que les éventails ne fonctionnent pas. Alors comme je ne pourrai pas le faire réparer avant mardi, puisque lundi c'est jour férié, je ne resterai que quelques minutes en ligne. Je viens de faire tout un petit boulot technique en rapport avec ce site, comme ajuster mes pages archives et transférer mes textes à leur case spécifique. Je me demande si je ne devrais pas fermer mon ordinateur et aller tout simplement écrire cette entrée sur papier et venir la transcrire ici ensuite. Mais voilà, je ne sais plus comment faire, je ne sais plus si je prendrais une plume ou un crayon, une feuille blanche ou lignée, etc... Je suis maintenant tellement habituée à penser, mes doigts immobiles sur le clavier, prêts à bondir dans une ronde effrénée pour inscrire le produit de mes réflexions. Et parfois mes pensées vagabondent à toute vitesse et mes doigts sont plus habiles à les rattrapper sur le clavier qu'à coucher mes mots sur le papier. Sur le papier, j'avais parfois l'impression de laisser filer des idées qui s'enfuyaient en se jouant de moi et en me disant, taquines : "Tu vois, tu ne sais pas nous retenir..."

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Me voilà de retour. J'ai pris le temps de laisser refroidir l'ordinateur. Et suffisamment de temps pour mettre les draps frais dans le lit, de démarrer une autre brassée de lavage, de manger un plat de yoghourt que j'ai fait hier, avec de belles fraises d'automne, mes préférées. Je les avais achetées, ainsi qu'une caisse de pommes lobo, mercredi, au marché, alors qu'on gelait littéralement dehors. J'étais avec cette amie férue de littérature et de politique. Auparavant, nous étions allées manger du saumon dans un restaurant vraiment très simple où les gâteaux du patron sont fantastiques. Et, joie exquise, ce restaurant est à deux pas d'une des meilleures bouquineries de la ville. J'y ai trouvé deux autres livres de Green, dont les années 1928-1958 de son journal reliées en un seul volume. Je l'ai acheté avec plaisir, puisque j'ai pris la mauvaise habitude de mettre entre parenthèses les passages qui m'interpellent de manière particulière et d'ensuite plier le coin de la page pour les retrouver plus facilement. Il faut dire que, sauf On est si sérieux quand on a dix-neuf ans, les écrits biographiques de Green et les tomes de son journal, que j'ai lus jusqu'ici, sont tous en format livre de poche. Alors, cette nouvelle acquisition restera intacte.

Malgré le temps plutôt frais, j'ai quand même laissé ouverte la porte du balcon arrière, pour entendre tous ces oiseaux qui s'en donnent à coeur joie dans les grands arbres. C'est vrai que la journée est très ensoleillée. Bon, je quitte de nouveau. Histoire de faire reposer un peu ce fichu ordinateur et de continuer certaines opérations qui m'ont occupée ces derniers jours. Je suis notamment en train de passer à travers les papiers de notre mère. Il faut faire le tri, garder ce qui nous sera utile pour la succession, ce qui a aussi une valeur sentimentale, puis détruire le reste. Heureusement que j'ai une petite déchiqueteuse, cela simplifie beaucoup la tâche.

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Il est un peu passé 1h00 et je viens de revenir à la maison. J'étais sortie manger des sushis et prendre un verre avec quelques amis, dont le grand copain. Normalement, j'aurais dû recevoir, ce soir, un groupe d'amis à manger chez-moi. Mais j'ai préféré reporter cette réception de quelques semaines. Je ne suis pas au meilleur de ma forme en ce moment et je n'avais pas vraiment le goût de m'embarquer dans la préparation de ce repas qui m'aurait sûrement pris quelques jours à cuisiner. Ce petit problème de santé devrait bien être réglé d'ici là, du moins je l'espère. De toute façon, je revois mon médecin dans quelques semaines. Si le problème persiste, on avisera en conséquence. Oups, que se passe-t-il avec mon ordinateur encore? Il faisait un bruit d'enfer quand je l'ai allumé il y a quelques minutes et voilà que tout est maintenant beaucoup trop silencieux... oh les éventails???!!!! (Du moins j'imagine bien que c'est cela...) Dire qu'il faut en plus que je me trouve un nouveau technicien. Jusqu'à maintenant, quand j'avais un problème avec mon ordinateur, j'allais à la boutique où je me l'étais procuré. Mais, voilà, cette boutique est fermée... Et je me sens aussi dépourvue devant un problème technique d'ordinateur que devant un problème mécanique avec mon automobile. Est-ce seulement parce que je suis une femme? :-) En tous les cas, je croise les doigts, je lève les yeux au ciel, et j'essaie de faire confiance... Et jusqu'ici, cela ne m'a, en définitive, pas trop mal réussi. :-)

Autre sujet combien plus important. Le climat international qui me préoccupe beaucoup. Je ne fais pas confiance à Bush, c'est clair. Et il n'est pas de taille pour les circonstances présentes. Et il avance, buté, aveugle comme une taupe. Une citation de Green, extraite de son journal, en date du 19 mars 1920.

Sommes-nous à la fin d'une ère? Voyons-nous l'agonie de notre civilisation? Tant de belles civilisations sont passées dont il ne reste presque rien. L'écoeurante chose, non pas que l'époque contemporaine qui n'est pas plus mauvaise que les précédentes, semble-t-il, mais que l'Histoire de l'homme tout entière, avec son mépris pour la beauté du monde et la violence de ses efforts pour la détruire. Ceci à la veille sans doute de nouvelles guerres, car la guerre renaît toujours comme un phénix des cendres du coeur humain.

Bon, je mets en ligne et je vais dormir. Avant que mon ordinateur ne rende l'âme... Question: Faire réparer mon ordinateur ou m'en procurer un nouveau? Vaut-il la peine d'être réparé, en y ajoutant quelques bidules pour le mettre à jour? Moi, je pense que oui. Or, il semblerait plutôt qu'il soit déjà dépassé... Mais pour l'usage que j'en fais, ses caractéristiques ne sont-elles pas suffisantes? Ah, l'époque du jetable!!!

Lundi, le 14 octobre

Aujourd'hui, c'est férié. Il fait froid et c'est une belle journée ensoleillée et venteuse. Les jours raccourcissent de plus en plus. Il est 16h30 et déjà, par la fenêtre de mon bureau, je constate qu'il n'y a plus maintenant que les cîmes des arbres qui soient encore illuminées par les rayons du soleil. De la cuisine, me parviennent les effluves réconfortantes d'un jambon qui mijote tranquillement dans un bouillon où prédomine l'arôme des clous de girofle. Je suis passé en mode cuisine coocooning, à cette époque de l'année où je me remets à popoter des plats mijotés, d'onctueuses crèmes et des potages de toutes sortes. Cette semaine, je ferai aussi de la gelée de pomme. Y a-t-il quelque chose de plus joli que de regarder la lumière du jour à travers un pot de gelée de pomme? :-)

En ce moment, j'écoute Les trois sonates pour violoncelle et piano" de Jean-Sébastien Bach, avec Mischa Maisky au violoncelle et Martha Argerich au piano. Quel bonheur que cette belle musique alors que j'entends aussi les geais bleus venus visiter les mangeoires dans mon jardin. Un très beau moment.

Pendant que mes doigts attendent patiemment sur le clavier que mes idées s'organisent, mon regard est attiré par ma main gauche. Je porte en ce moment et pour la première fois, dans mon auriculaire, une très jolie bague qui me vient de ma mère. Elle est en argent ciselé, de forme ovale alongé au centre duquel repose un grenat, comme sur un coussin. C'est un vieux bijou, dont je ne connais pas l'origine. Il a dû appartenir à ma grand-mère. Je n'ai vu cette bague que bien rarement au doigt de ma mère. Je regrette de ne jamais lui en avoir parlé, de n'en pas connaître l'histoire. Cette bague gardera à jamais son mystère, mais c'est un très grand plaisir pour moi que de la porter. Peu à peu, j'apprivoise ces bijoux, ils deviennent miens, avec toute leur valeur sentimentale. Et ils me réchauffent le coeur. Comme c'est bizarre, il me semble que j'apprends à aimer ma mère d'une manière nouvelle. Dans mon souvenir, dans mon coeur, elle est maintenant sans âge, libérée de ses angoisses et difficultés qui l'ont si souvent arrêtée dans la vie. Elle n'est plus non plus cette vieille femme malade des dernières années, que guettait sournoisement le néant cognitif de cette terrible maladie qui l'habitait. J'ai cette intime conviction qu'elle est bien et heureuse, d'une manière qu'il m'est encore impossible de comprendre, dans cet ailleurs que je ne connais pas encore. Et je me sens bien.

Il est temps de laisser reposer et refroidir mon pauvre ordinateur et surtout d'aller glacer le jambon pour le terminer au four. Vers 20h00, je rejoins quelques amis à notre restaurant italien préféré. Puisque c'est la Fête de l'Action de grâce, célébrons cette amitié qui m'est si chère! :-)

 

 

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