Au bonheur du jour




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Le mois de juin - du 22 au 30

Samedi, le 22 juin

Un chaud samedi soir et je suis paisiblement à la maison. Dans la cuisine, des petits plats qui mijotent et leurs arômes combinés parviennent jusqu'à moi. La vieille horloge vient de sonner 9 coups. Dans cette chaleur et dans ce calme, la musique d'Erik Satie. En ce moment ce sont les Gnossiennes, un peu plus tôt les Gymnopédies et l'envoûtant Je te veux. C'est Pascal Rogé qui interprète ces solos de piano. J'aime beaucoup la musique de piano seul dans de tels moments. Et ce cd m'accompagnera tout au long de cette entrée. Je sens que je ne serai pas très rapide ce soir... ;-)

Hier soir, beaux moments passés avec ce grand copain. Il y a eu la magie des plans que l'on bouleverse. Nous avons préféré le beau temps, le chant des oiseaux et une pizza sur sa terrasse à n'importe quel grand restaurant. Excellente décision! Nous avons eu une longue conversation sur son travail. Il voulait mon impression sur un dossier qui lui tient à coeur dans un domaine que je connais très bien. Et je partageais son avis. J'ai senti qu'il en était heureux.

J'ai passé une belle journée. Ce matin, conversation intéressante et amusante sur icq avec la fée informatique et un ami de France. Les extrêmes réunis. Beaucoup de choses nous séparent tous les trois : la distance, l'âge, les milieux de vie. Et pourtant la magie du net opère et nous nous retrouvons sur la même longueur d'ondes. Dans les deux cas, en ce qui me concerne, les liens remontent à quelques années. On partage les idées, les valeurs et les sentiments. Et on a ri beaucoup ce matin.

Internet m'a fait rencontrer des gens très intéressants, de belle valeur avec qui la vie régulière n'aurait jamais pu me mettre en contact. Curieux phénomène que ces amitiés nées malgré la distance et avant le véritable contact dans la vie réelle. J'ai choisi de faire faire le passage de l'une à l'autre dans quelques cas et, pour certains, quand cela était physiquement possible et seulement après de longs mois de discussions diverses. Et chanceuse que je suis, je n'ai eu aucune déception. Les gens se sont avérés être tels que je les avais perçus sur le net et la première fois que nous nous rencontrions, c'était tout simplement la même conversation qui se poursuivait. Et ces personnes font encore partie de ma vie.

Phénomène inverse, j'ai aussi maintenant des échanges sur internet, principalement par échange de mails, avec certains amis qui étaient dans ma vie réelle depuis de nombreuses années. J'ai remarqué que les échanges avec ces amis se font plus intimes sur le net, que l'on y parle plus facilement de ses sentiments profonds, de ses valeurs et de ses convictions personnelles, en tous les cas avec moins de retenue qu'on ne le fait en personne. C'est vrai surtout en ce qui concerne les hommes, souvent plus hésitants ou mal à l'aise pour aborder ces sujets... :-) J'y ai reçu des confidences de personnes qui auraient pu me les dire, mais qui préféraient les écrire... Surtout celles qui concernent les peines, les pertes, les blessures, les vieux gros chagrins qui refusent de s'effacer.

Cet après-midi, j'ai fait le tour de mon jardin, mais je n'avais plus le temps d'y travailler. Il va falloir que je m'y mette sérieusement et rapidement surtout. Sinon, il y aura la jungle sur mon petit lopin. Quelques roses agissent en précurseur des autres.. l'orgie aura bel et bien lieu, mais la semaine prochaine ou un peu plus tard. Retard marqué cependant par rapport aux autres années. Les pivoines ont de beaux boutons, la floraison sera bonne aussi. Et les iris sont actuellement à leur plus beau. Je crains que les merles n'aient déserté leur nid... Je leur donne encore une petite chance puis je taillerai le lierre. Que trouverai-je dans le nid? Rien d'abandonné j'espère...

Quelques courses, dont certaines pour ma mère. Quel plaisir de croiser des gens détendus et nullement pressés. Sûrement conséquence de la belle température et de la longue fin de semaine qui permet de se laisser vivre un peu plus. Et puis ma mère heureuse et anxieuse à la fois de déménager la semaine prochaine dans un studio plus grand que la chambre qu'elle occupe en ce moment. Son moral est beaucoup meilleur et elle a retrouvé son esprit mordant et ses bons mots. Voilà qui est bien encourageant. Mais la maladie et la vieillesse font cependant de sérieux progrès et à vue d'oeil il me semble... Il y a malheureusement des limites à ce que les efforts et la bonne volonté peuvent faire, il faut aussi se résigner à la réalité.

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J'ignore ce que la fée informatique me dirait à propos de la ligne qui précède, mais à l'heure qu'il est je ne lui téléphonerai sûrement pas pour lui demander des renseignements techniques. Alors j'ai improvisé... Il me fallait un truc pour signifier que quelques heures se sont écoulées depuis le paragraphe précédent... :-) Bon, je suis allée dans la cuisine terminer ce qui devait l'être, mettre au réfrigérateur les petits plats à déguster dans les jours qui viennent, surtout pour lundi car il est possible que je reçoive quelques membres de ma famille. J'aurai tout ce qu'il faut pour préparer un buffet froid. En espérant, bien évidemment, que le beau temps persiste.

Mais ce qui m'a retenue très longtemps, c'est une longue conversation téléphonique avec un filleul. Quel plaisir de l'entendre parler de ses projets, de ses amours, de sa vie qu'il a bien en main, il me semble du moins. Son amie absente pour quelque temps lui manque beaucoup. Il a trente ans et toute la vie devant lui. J'aime les questions qu'il se pose. Il sait aller à l'essentiel. Il a finalement trouvé ses propres valeurs. Je pense vraiment que c'est vers cet âge là qu'on commence à être véritablement heureux. Avant, il me semble qu'on est encore trop en apprentissage pour être confortable dans sa vie, qu'on a pas encore vraiment fait siennes les valeurs transmises ou qu'on n'a pas encore fini d'en acquérir qui soient personnelles. On n'est pas obligatoirement malheureux, mais on est plus sujet à être ballotés par les caprices des vents. À trente ans, la mer n'est pas nécessairement calme, mais on est devenu meilleur capitaine et on a plus de chance d'avoir une bonne carte de navigation dans les mains.

Bon, si j'allais maintenant lire un peu de Julien Green... Oui, j'écoute encore le Satie... Il est peut-être en train de gagner un marathon... :-)

Mercredi, le 26 juin

Que le temps file vite! Je ne vois pas passer les jours. Et pas nécessairement parce que les choses vont bien et qu'elles sont faciles! Je suis ballottée par des sentiments divers ces jours-ci et ai peine à me tenir la tête hors de l'eau.

En toile de fond, bien évidemment, la situation de ma mère. Elle est rendue dans son nouveau studio depuis hier. Journée terrible qui est venue chercher tout ce que je pouvais avoir comme fond de patience et de contrôle de moi. Hier soir, spectacle désolant et à tirer les larmes. La voir très tremblante essayer de porter un morceau de gâteau à sa bouche, l'air ahurie et les yeux en détresse. Pourrai-je un jour me libérer de cette image terrible? Sa main décharnée, ses cheveux défaits et ses yeux de biche traquée. Et pourtant, son nouveau studio est tellement joli et tellement adéquat pour sa situation. Ce changement était essentiel pour son confort et ses besoins. Mais c'est comme si le moindre changement maintenant venait gruger le peu d'énergie qui lui reste.

Et, bien évidemment, incapable de faire face à cette situation ou se fermant à cette douleur criante, mon frère s'est éclipsé dès que les meubles furent installés, me laissant seule pour gérer la détresse.

Quelques heures auparavant, il avait fallu aller à l'ancien appartement récupérer certains objets pour le nouveau décor. Spectacle désolant là aussi que ce milieu de vie abandonné, avec tout ce que cela représente.

Et moi, comment suis-je à travers cela? Vulnérable, terriblement vulnérable. Et toutes ces questions que je me pose en ce moment... Dois-je aller au fond de cette peine, pour bien la reconnaître? La laisser faire son chemin et la suivre, descendre le long de ma douleur et pleurer, abondamment pleurer? Et si je le fais, qui assure la suite? Dois-je plutôt la bloquer, la combattre, essayer d'en venir à bout, mais peut-être ainsi la laisser silencieusement gruger mon intérieur et me retrouver dans quelques mois aux prises avec un problème plus grave? Ça, c'est mon présent et ma problématique actuelle...

Il y a quelques jours, passage de ma belle-soeur, la veuve de mon frère. Doux moments partagés, belle complicité. Je me sentais accueillante, sereine, il faisait beau. Nous avons mangé dans le jardin, bu un agréable rosé, remué quelques souvenirs. Elle est consciente de l'état actuel de ma mère et de l'impact de cette situation sur ma vie. Sa peine à elle est encore toute présente, lui apporte les larmes dans les yeux. Les derniers mois de mon frères furent particulièrement pénibles pour lui et donc forcément pour elle qui l'aimait tant. J'admire son courage, sa volonté de continuer, ses projets. Quand elle est partie, j'étais heureuse de ces moments passés avec elle, mais la peine du départ de mon frère a refait surface...

Heureusement il y a ces amitiés joyeuses, saines et chaleureuses. Ce brunch partagé dans une certaine folie avec des amis de plusieurs décennies. Nous avons tellement ri. Et ce repas du soir chez des amis beaucoup plus jeunes avec leur petite fille de 6 ans, absolument adorable. Ces invitations que je dois refuser faute de temps. Ce grand copain toujours présent, celui qui sait. Et cet ami très cher que je vois demain. Et mes amies d'enfance à qui il n'est besoin de rien dire... Count your blessings!!!... au moment où j'écris ces lignes, un mail m'arrive d'un autre couple d'amis avec une invitation à manger vendredi soir en toute simplicité. J'aime tellement les moments passés avec eux. Bon, il faut que j'accepte.. :-)

Ce qui me mènera à samedi, journée bizarre et de test personnel... Retour dans mon passé qui risque d'ébranler le présent... Je vais rejoindre ma fille dans sa ville, et ensemble nous irons dans une famille que j'ai quittée depuis très longtemps maintenant. Son père y sera. Lui, je le revois assez régulièrement, toujours en rapport avec ma fille, dans ma vie réelle, dans celle que je me suis reconstruite. Et je le fais toujours sans dommage, dans la sérénité, puisque je sais qu'il fallait. Mais jamais je ne fus mise en présence de tous ceux qui m'étaient proches à ce moment et que j'ai quittés avec tellement de peine et de regrets. Et ce sera samedi alors que tous seront réunis pour une occasion très spéciale. La raison de ma présence là? Parce qu'elle est très souhaitée semble-t-il mais surtout, surtout parce que ma fille a beaucoup insisté. Et qu'elle sera là à mes côtés. Peut-être que cela lui permettra, à elle, de boucler une boucle... Tout ce que j'espère, c'est que je serai solide et adéquate. Je vis tellement de bouleversements actuellement, des bons comme des pénibles, que je me fais peur un peu... le colosse au pieds d'argile...

En ce moment, j'écoute Tranquility une compilation de mouvements lents de concertos divers, enregistrée sur Chandos par Yuli Turovsky et I Musici de Montréal. Tendre et paisible à souhait. Qui m'a aidée à faire le ménage dans mes idées et à écrire cette entrée de mon journal. En arrière scène, cependant, des bruits de scie à chaîne, qui me font peur un peu. Un voisin fait faire des travaux arboricoles sur son terrain, limitrophe au mien. Pourvu que ce ne soit pas un massacre... On ne sait jamais, il est bizarre un peu...

Je me sens dans un arc-en-ciel, partagée entre l'orage et le beau temps.

Vendredi, le 28 juin

Je viens un peu à la sauvette faire cette petite entrée, puisque j'ai besoin de me recentrer un peu sur moi-même, de réfléchir. Je devrais être en train de préparer ma valise pour mon départ demain matin. Je me lèverai un peu plus tôt, c'est tout.

Je viens d'arriver du souper chez ce couple d'amis. Le homard était délicieux, le vin frais et la conversation chaleureuse. Je ne leur ai pas parlé de ma préoccupation actuelle, elle est trop personnelle... Cette préoccupation qui grandit d'heure en heure, qui me fait douter et me serre le coeur.

Ce choix que j'ai fait hier, dans la fièvre du moment. Ce choix qui m'apparaissait comme le seul possible, du moins pour le temps présent. Suis-je en train de compliquer les choses, ou du moins de me les compliquer? J'ai agi en concordance avec mes idées mais aussi en tenant compte de mes craintes. Et si mes craintes avaient été trop fortes? Ai-je été victime du statu quo? Ou ai-je plutôt su éviter, à temps, une bifurcation qui m'aurait conduite dans cul-de-sac?

En fait, l'entrée que je fais en ce moment, j'en ai besoin pour me libérer de ces émotions, pour me préparer à celles que je devrai inévitablement vivre demain dans un autre secteur de ma vie et qui, si je suis trop préoccupée et vulnérable, pourraient constituer une charge émotive importante et venir me déstabiliser... Et ce serait vraiment la dernière chose dont j'aurais besoin actuellement!

Côté déménagement de maman, son ancien logement est pour ainsi dire vidé et nous pourrons rendre les clés lundi, comme prévu. Avec les chaleurs et l'humidité que nous avons connues depuis quelques jours, les derniers tavaux ont été pénibles. Et maman qui fait de son pire, on dirait... Il faut que je respire par le nez, il faut que je respire par le nez. ;-)

Bon, aussi bien de me dire que alea jacta est : le sort en est jeté. Si j'ai fait un mauvais choix, ce ne sera pas le premier de ma vie et probablement pas le dernier non plus. Et si je suis passée à côté de quelque chose d'important, on mettra cela dans la colonne des pertes... Bon, on dirait bien que je suis en train d'essayer de me convaincre. Même Claudio Arrau, avec Les 21 Nocturnes de Chopin ne parvient pas vraiment à me libérer de cette préoccupation. Et l'heure qui fuit à une telle vitesse. Demain, il faut que je me lève tôt, que la douche, le shampoing et le pomponnage soient expédiés en 4ème vitesse, que je prépare ma valise, que je prenne le bus de 9h00 et que j'arrive à destination fraîche, détendue, en forme??? Mais je suis folle moi! écrire ici devant mon écran à 1h30 du matin!!! :-) Vite au lit! Allez, relève la tête, fais-toi confiance un peu, ton intuition est d'habitude plutôt bonne. Et on doit toujours agir en accord avec soi-même, tu le dis tellement aux autres, pour une fois tu te l'appliques, non? Bon, il me semble que je te reconnais un peu mieux, là. Tu vois ce journal t'aide. Tu le savais en le commençant, n'est-ce pas?

 

 

 

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