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Le mois d'août - du 23 au 31

Samedi, le 24 août

C'est samedi. Pour la première fois, depuis le jour des funérailles, je viens de mettre de la musique. Les Concertos pour violoncelle, en do majeur et en ré majeur de Joseph Haydn, magnifiquement interprétés par Mstislav Rostropovich et l'Academy of St-Michael-in-the-Fields. Pourquoi cette musique? Je ne saurais dire, peut-être pour sa grande beauté, sa grâce, mais aussi sa sérénité et la bonne humeur qui y transparaît. J'ai besoin d'un peu tout cela.

Les choses vont relativement bien, mais je suis tout de même affaissée par une mauvaise grippe. La vilaine s'est installée à la faveur de ma fatigue... Plus tôt en semaine, j'étais allée bouquiner dans les librairies de seconde main et, beau petit bonheur, y avais découvert un livre que je cherchais depuis longtemps. J'avais aussi mangé avec une de mes amies d'enfance, ce qui fut bien agréable dans les circonstances. Je devais retourner bouquiner hier et ensuite aller manger avec le grand copain, mais j'ai dû y renoncer à cause de la fièvre. Aujourd'hui, il fait très beau dehors, mais je reste à l'intérieur, encore en robe de chambre. Je me contente de tousser et d'éternuer... :-) Le grand copain ne s'est pas pour autant déclaré battu et il insiste pour que nous allions tout de même manger ensemble ce soir. On verra bien... :-)

Au début de la semaine, j'avais refusé de retourner avec ma fille dans sa ville, préférant rester chez moi pour un moment. J'avais plutôt convenu y aller mardi prochain. Bon, cela reste à voir, n'étant pas certaine d'avoir suffisamment retrouvé la forme. Je me suis tout de même un peu activée: j'ai réglé, par téléphone, quelques démarches administratives nécessitées par le décès de maman. Mais le plus gros reste à faire. J'attends notamment le retour d'un de mes frères en voyage d'affaires. Et il faudra aussi fermer son actuel appartement. Plusieurs déménagements en bien peu de mois.

J'ai recommencé à lire Julien Green que j'avais un peu délaissé. J'y ai lu ce passage de circonstance:
"Aujourd'hui, j'ai retrouvé de vieux négatifs dans une malle. Tiré quelques épreuves. Je me suis revu tel que j'étais à quinze ans. En regardant une photo prise au pied d'un grand chêne, dans notre jardin, j'ai eu l'impression singulière que j'allais me souvenir d'une pensée qui m'avait traversé l'esprit au moment même où l'on prenait cette photo, et pendant plusieurs secondes il m'a semblé qu'un rayon de lumière allait se glisser dans les profondeurs obscures de ma mémoire. J'aurais dû essayer de faire le vide dans mon cerveau et peut-être, entre tant d'autres, cette minute de ma jeunesse aurait-elle retrouvé son chemin jusqu'à moi; mes efforts l'ont fait fuir, et elle est retombée à l'oubli d'où elle allait sortir. Tant de choses de nous vont ainsi au néant, tant d'heures, tant d'années... C'est une sensation désagréable et presque sinistre de se sentir doucement dériver vers une inconscience définitive, et je ne puis penser qu'avec horreur au jour où dans ma tête tout s'effacera de ce que j'ai connu et aimé. Que restera-t-il de ma mère ? Quelques lettres, cinq ou six portraits, et des souvenirs qui m'accompagneront jusqu'à ma mort. Quand nous mourrons, mes soeurs et moi, elle mourra alors de nouveau, et pour toujours.
Je n'avais pas plus qu'il ne le faut le goût de faire une entrée dans mon journal aujourd'hui, mais je sentais qu'il fallait que je casse la glace et que je retrouve ce plaisir d'écrire. J'ai un peu l'impression d'avoir de la difficulté à me remettre les pieds sur la terre ferme et de continuer mon parcours. Je suis sûre que la grippe n'aide pas dans les circonstances. Après tout, je pense que je vais accepter cette invitation du grand copain. Je vais prendre mon courage à deux mains, ainsi que ma boîte de papiers-mouchoirs... :-)
 

 

 

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