Au bonheur du jour




Le mois d'octobre 2007

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mercredi le 3 octobre

Hier, j'en suis finalement venue à une entente, à ma satisfaction, avec mon fournisseur de mazout pour l'hiver déjà presque à nos portes même si le temps, anormalement doux pour la saison, pourrait nous le faire oublier. L'an dernier, j'avais moins bien réussi et je l'ai fait remarquer à mon interlocuteur qui se faisait insistant devant ma réticence à conclure. Je suis assez fière de la formule qu'il m'a alors proposée et qui m'a vraiment fait plaisir. J'étais soulagée parce que je sais qu'il est souvent difficile de négocier ce genre de contrat sans trop se faire berner. C'est la période de l'année où l'organisation matérielle de la maison, de mon terrain et des végétaux retient le plus mon attention, ou du moins le devrait, à cause de tous les préparatifs nécessités par la venue des temps froids et je commence à avoir du retard à cet égard. Heureusement, en faisant une balade en voiture avec ma courageuse amie dans les jours qui ont suivi sa dernière hospitalisation, je suis allée porter le garage de toile pour le faire réparer suite aux dommages subis l'hiver dernier. C'est d'ailleurs ce jour-là que j'ai vraiment constaté que les choses empiraient pour elle, qu'une certaine étape avait été franchie. Pendant que dans la boutique j'attendais un commis, j'avais été surprise de constater, en jetant un regard vers mon automobile, qu'elle avait abaissé le dossier de son siège et qu'elle s'était étendue comme pour dormir. Cela m'avait donné tout un choc parce que ce n'est tellement pas le genre de cette femme énergique, surtout en une journée aussi belle.

Hier, c'était aussi la reprise d'un cours particulier que je suis pour la troisième année. Nous n'avançons que lentement dans cette démarche, parce qu'il s'agit d'essayer de comprendre et d'approfondir. Je me sentais un peu en marge de ma vie actuelle et j'étais heureuse de retrouver les autres, dont une participante avec laquelle j'ai beaucoup d'affinités et avec qui, au sortir du cours, j'ai assez longuement marché dans la surprenante douceur de ce soir d'octobre. Elle aussi a une amie très malade dont elle s'occupe et nous avons échangé sur le sujet. C'était bon de partager nos expériences, de discuter de nos approches et je pense tirer bénéfice de ses manières de faire. Quand je suis revenue chez moi, je me sentais vraiment bien et assez certaine d'être sur la bonne voie.

Ce midi, j'ai rejoint mon amie et son mari dans un restaurant. Elle arrivait d'une rencontre avec un de ses médecins. Puis, après le repas, elle et moi sommes parties pour une séance de cinéma. En chemin, elle m'a dit des choses qui m'ont fait comprendre l'attitude un peu lointaine qu'elle avait eu durant le repas. Des choses dont elle ne voulait pas encore parler avec les siens. Je n'oublierai jamais cette conversation, ni le film que nous avons quand même vu, comme si de rien n'était.

Soirée des deux concertos pour piano de Brahms, interprétés par Krystian Zimerman. Cela me semble une musique pour l'automne. Ample, vigoureuse et chaleureuse. Avec des accents de mélancolie et de nostalgie, comme un regard jeté en arrière, sur ce qui n'est déjà plus. Et puis des passages déchirants, avec intuition de tempêtes à venir. C'est la perception que j'en ai, moi qui n'y connais absolument rien. C'est donc dire que je suis en train de revivre l'expérience de la semaine dernière, celle des Nocturnes de Fauré, soit la musique qui revêt la couleur de mes sentiments du moment. Mais, cette nuit, je n'efface pas mon entrée, et le superbe adagio du premier concerto devient tout simplement prière.

samedi le 20 octobre

Quand je me suis éveillée, il faisait encore nuit. J'ai longuement tourné en rond dans la maison, puis j'ai donné à manger à l'adorable tourbillon blanc. Les jours s'additionnent ou se soustraient. Les heures aussi. J'ai un peu lu et les heures ont passé, sans que je n'y sois vraiment. Puis le soleil s'est levé et est venu éclairer la magnificence des couleurs de l'automne. Profitons de cette beauté, il devrait pleuvoir plus tard en journée.

J'écoute en ce moment les compilations musicales que j'ai préparées pour mon amie malade et elles me font beaucoup de bien, comme je le souhaitais pour elle. Les jours s'additionnent ou se soustraient. Les heures aussi. Mon amie est sereine. Je suis surprise de la douceur que peut parfois revêtir la souffrance assumée. Je me souviens des derniers temps de ma mère et de l'angoisse qui prévalait chez elle; mais la terrible maladie de ma mère avait aussi modifié sa personnalité.

Les jours s'additionnent ou se soustraient. Les heures aussi. Hier, je lui ai fait un manucure, puis je l'ai amenée se balader. En chaise roulante cette fois, et dans les corridors de l'hôpital. À la cafétéria, elle a accepté quelques bouchées et un peu de café, ce qui lui semblait impossible dans son lit. Nous nous parlons beaucoup, nous nous touchons beaucoup. Parfois, c'est elle qui s'accroche à ma main, d'autres fois, c'est moi qui lui masse le dos pour soulager sa souffrance, et les épaules et les bras pour lui passer de ma chaleur et de ma tendresse, et pour tenter de la rassurer dans certains moments plus difficiles.

Nous réalisons toutes les deux encore plus, de façon bien concrète, ce qui compte vraiment, ce qui fait l'essentiel de la vie, ce qui nous accompagne jusqu'à la porte du grand départ et ce que, finalement, on emporte dans ses bagages. Je sais aussi ce qu'elle, mon amie, nous laissera d'elle-même. C'est à la fois si simple et si grand. Et pourtant, on s'en fait souvent pour tellement de choses inutiles et non significatives dans la vie.

Les jours s'additionnent ou se soustraient. Les heures aussi. Je retourne à l'hôpital.









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