Au bonheur du jour




Le mois d'août 2006

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mardi le 8 août

J'arrive d'aller remplir les mangeoires dans mon petit jardin. La brise est superbe en ce beau soleil de fin d'après-midi. Rien à voir avec la terrifiante tempête de mardi dernier, celle qui, terrassant une grosse branche chargée de grappes de fruits d'un de mes sorbiers, a laissé un trou dans mon paysage. La branche cassée est encore là, le long de la rue, attendant, comme beaucoup d'autres, que les équipes de la ville en finissent avec le ramassage des débris. On ne compte plus, dans la ville, les arbres qui ont été déracinés, certains arrachant dans leur chute les trottoirs de ciment sous lesquels étaient enfouies leurs racines. Dans une rue près de chez moi, une dizaine de tilleuls de grande taille ont été fauchés dans une même rafale. Comme je l'écrivais à un ami, si je compare à certains endroits de la planète où c'est la bêtise des hommes qui est actuellement déchaînée et non la nature, je ne devrais même pas parler de cela ici. Mais bon, à bien y penser, c'est aussi en grande partie la bêtise des hommes, dans leur traitement de la planète, qui cause tous ces changements climatiques amenant, par exemple, dans le cas de mon pays nordique, des tempêtes d'allure tropicale.

Le thé brûlant est bon et la maison est remplie des " Suites pour Violoncelle Solo" de Jean-Sébastien Bach qui jouent en boucle depuis quelques heures. Je viens de retomber sous le charme de la musique, interrompu le temps d'aller répondre aux appels des mésanges affamées et revendicatrices. Mais comme, parmi tous mes convives ailés, elles sont les plus constantes et les plus charmantes, je ne leur résiste pas. J'ai rempli d'eau fraîche le bain d'oiseaux qui, près de mon vieux banc de parc, leur sert aussi d'abreuvoir. Durant ce temps, entre le rosier offert par mon cher ami cadeau et le ficus benjamina, tous deux en villégiature sur le balcon de la cuisine qui est son royaume, ma mignonne et toute blanche tornade surveillait mes allées et venues avec beaucoup d'intérêt. Gorgés de la lumière de l'été, le rosier reçu en avril est de nouveau en fleurs et le ficus a multiplié ses feuilles. L'autre soir, dans le noir de la tempête sans électricité, alors que les vents faisaient rage et que je cherchais lampes de poche et chandelles, je n'ai pas pensé à les entrer dans la maison. Et pourtant, ces fragiles plantes n'ont pas perdu qui un pétale, qui une feuille. Voisine de l'arbre blessé, et soutenue par un tuteur, une jeune pousse de sorbier que j'avais heureusement laissé se développer est, pour la toute première fois cette année, porteuse de quatorze grappes de fruits déjà de belle couleur orange. Ses frêles branches ploient sous leur poids mais je sais qu'elles résisteront. Parce qu'au-delà de ses excès spectaculaires et de ses destructions sporadiques, la nature poursuit généreusement son patient et constant labeur. C'est à nous de la comprendre et de travailler et de vivre en harmonie avec elle.

Ce soir, j'ai rendez-vous avec les étoiles. Ma nièce et filleule, brièvement de passage dans ma ville, et moi nous rendrons au chalet pour les contempler durant plusieurs heures. Elle était bien jeune quand je lui ai offert son premier télescope et ses premiers livres d'astronomie. Et durant des années et des années, nous avons multiplié les séances d'observation à partir du chalet. Je pense que cela a beaucoup contribué à forger ce lien très spécial que nous avons toutes les deux. La femme scientifique qu'elle est depuis devenue laisse cependant toujours la place à son côté de contemplatrice émerveillée quand nous allons ensemble passer des heures sous les étoiles. Il est malheureusement trop tôt pour les perséides, puisqu'elle retourne demain dans la très grande ville où elle habite maintenant, mais il y a tant d'autres choses à voir. Mais ma fille sera ici en fin de semaine, et comme elle aime aussi beaucoup, beaucoup les étoiles... :-)

"Ce matin, un peu avant sept heures, par la fenêtre de la cuisine, j'ai vu l'étoile du Berger. Elle brillait d'un éclat incroyable sur un fond bleu pâle et m'a paru si belle, si heureuse surtout que j'ai voulu y voir un signe d'espoir pour tous. Je me persuade que par elle Dieu nous dit je ne sais quoi, mais quelque chose d'important. Un peu l'équivalent de ce que dit l'arc-en-ciel." (Julien Green)








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