Au bonheur du jour




Le mois d'avril

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Aujourd'hui

dimanche le 4 avril

Et voilà, je suis revenue. Avant que de me laisser reprendre par mon cocon, quelques scènes qui se sont succédées dans l'ordre et me restent de ce séjour dans la très grande ville. Mercredi, au bout du voyage, à l'arrivée à la gare d'autobus, une femme entre deux âges, correctement vêtue, qui, les larmes aux yeux me tend la main et me débite une histoire. Je la regarde, je n'arrive pas à savoir. Je me dis qu'il ne m'appartient pas de déterminer la vérité, je suis libre de faire ou de ne pas faire. J'ouvre mon sac, je la regarde dans les yeux, je lui donne plus que je n'aurais dû, et là elle pleure. Je ne sais toujours pas. Elle ne fait que passer dans ma vie, je ne fais que passer dans la sienne. Ensuite, ma sage et compétente amie, resplendissante, toute au moment partagé. Le plaisir de nous retrouver, d'arrêter le temps, d'abord dans un restaurant asiatique, puis dans cette bouquinerie que nous aimons toutes les deux. Elle trouve, moi pas. C'est sans importance, nous sommes bien. Puis, plus tard, ma fille, cette douce qui arrive chez elle comme une tornade. Retenue par un dossier plus longtemps qu'elle ne l'aurait souhaité, elle me propose un restaurant... asiatique. Que j'accepte, bien évidemment, sans lui parler du repas du midi, puisque j'aime beaucoup cela. :-) Nous nous y rendons en marchant tranquillement et en nous reconnectant toutes les deux. Il pleut, mais c'est sans importance, nous nous abritons sous le même parapluie, nous sommes bien. Nous prenons notre temps pour manger, elle me parle, je lui parle, nous nous écoutons. Je me sens vraiment bien.

Le lendemain, jeudi, je retourne bouquiner, seule cette fois-là. Une première librairie, puis une seconde. Je prends mon temps, mais rien ne me fait signe. Puis, dans la troisième, c'est là que tout se produit. Je suis attirée par des trouvailles qui me parlent. Mais, surtout, je découvre le plus gentil bouquiniste qu'il m'ait été donné de rencontrer. Un homme dans la mi-trentaine, qui dégage la sérénité, la douceur, le bonheur. Je l'observe. J'adore la façon avec laquelle il s'adresse à ses employés, le respect avec lequel il accueille un jeune homme visiblement dans la gêne venu lui vendre quelques volumes, puis répond patiemment, avec douceur, à un pauvre homme un peu perdu qui l'accapare. La musique est belle. Je pense demeurer un long moment dans cet endroit. Puis, il passe près de moi et je m'adresse à lui : "Quelqu'un vous a-t-il dit aujourd'hui combien vous êtes un homme gentil?" Il se retourne, me regarde, éclate d'un rire très doux et il rougit. "Vous trouvez? me demande-t-il. Je n'ai pas toujours été comme cela, c'est ma femme qui est merveilleuse." Nous engageons la conversation, je viens de trouver un livre de Green que je souhaitais vraiment, nous en parlons, je lui dis combien j'en suis heureuse. Il me conseille de rechercher et de lire aussi les Carnets de Louis Calaferte. Il m'écrit ce nom sur un petit carton qu'il me tend. Plus tard, alors que, les bras chargés, je suis près de la caisse pour payer, il s'apprête lui-même à quitter la bouquinerie. Il vient vers moi, me salue, me tend la main, pour la serrer cette fois et me dit de revenir, que cela lui fera plaisir.

Je suis en retard, je saute dans un taxi pour retourner chez ma fille porter tous mes livres. Le chauffeur, timidement d'abord, engage la conversation avec moi. Il est ici depuis une quinzaine d'années, il me parle des hivers qu'il a apprivoisés, se met à me parler de son bonheur, de sa femme, de ses filles. Je souris, il est fascinant. Le temps passe très rapidement. Je suis contente de l'avoir rencontré. Plus tard, mon filleul adoptif et sa femme arrivent me chercher. Nous nous dirigeons vers un restaurant mexicain qui est un peu devenu notre endroit privilégié. Ils sont très amoureux, cela en est émouvant. Elle, tellement comique et avec un énorme accent espagnol, nous raconte plein de choses avec un humour d'une légèreté et d'une fraîcheur remarquables. Ma fille, interrompant son dossier préoccupant, nous rejoint pour une toute petite heure. C'est un magnifique moment, je suis ravie. Puis, je pars avec eux, prendre le dessert à leur appartement. Ils me remettent un cadeau pour mon anniversaire qui approche. Plus tard, je rejoins ma fille de retour chez elle et nous terminons la soirée ensemble. Je me sens vraiment bien.

Vendredi, je pars rejoindre mon amie d'enfance. Je rate l'autobus qui devait me conduire au métro. J'attends, j'attends, je vais être en retard à notre rendez-vous. Je saute encore dans un taxi. Je suis surprise d'y entendre de la musique religieuse. Cette fois, c'est moi qui engage la conversation avec le chauffeur d'abord hésitant. Il vient d'Haïti, est ici depuis vingt-cinq ans. Il a trois enfants avec de larges écarts d'âge. Son petit dernier de sept ans est à l'hôpital depuis plus de deux mois. Une terrible infection des os qu'on ne parvient pas à enrayer. L'enfant a déjà subi trois opérations, dont la dernière qui a failli l'emporter, son petit coeur ayant souffert de l'anesthésie. Lui passe donc ses jours à prier dans son taxi et ses nuits à l'hôpital. Il me raconte cela avec une voix douce dans laquelle je sens toute la douleur du monde.

Je retrouve mon amie, nous nous rendons dans un très ancien restaurant français de la très grande ville, où j'aimais beaucoup aller avec une tante, maintenant décédée, quand j'étais jeune fille, puisque c'était tout près de chez elle. Je n'y étais jamais revenue. Rien n'y a changé et je fais ce retour dans le temps. Je dois même être un peu plus âgée qu'elle ne l'était quand nous y venions ensemble. Je pense à elle, à sa vie plutôt solitaire, au drame qu'elle a vécu et que je n'ai appris qu'il n'y a que quelques mois, dont la blessure devait se faire sentir quand nous venions ici. Je la trouvais souvent catégorique, mais je pense maintenant qu'elle avait enfoui sa peine dans le fond de son coeur et qu'elle se protégeait. J'aurais tant voulu savoir... Avec mon amie, nous retournons aussi dans le temps, abordons quelques questions un peu restées en suspens depuis notre enfance. Un moment vraiment très spécial que je savoure pleinement. Nous devions nous rendre ensuite au cinéma, je lui demande de n'en rien faire et de continuer à nous parler. Elle n'en semble pas surprise. Nous partons aussi sous la pluie, aussi sous un même parapluie que j'ai apporté. Nous sommes vraiment bien. Nous avons retrouvé notre coeur d'enfant. Nous magasinons un peu, je la force presque à faire l'acquisition d'une jolie paire de sandales tout à fait son genre qu'elle hésite à s'offrir. Nous entrons dans une librairie. Nous cherchons vainement le Journal de Jean-René Huguenin que je veux lui donner. Elle me promet de se l'acheter. Nous nous attablons à un café, et nous continuons de nous parler, nous prolongeons ce moment le plus possible. Puis, nous circulons ensemble dans les couloirs du métro. Je suis effarée par le nombre de sans abris qui s'y trouvent, certains d'une saleté répugnante, endormis contre les murs. Les gens les contournent. Je plonge ma main dans mon sac et offre quelques pièces à un être humain au visage émacié, à qui il manque un bras, au yeux hagards et qui ne semble pas avoir toute sa tête. Folie, drogue ? Je ne saurais dire, mais maladie de l'âme et du coeur tout de même. Au moment de quitter mon amie de toujours qui va en sens inverse, je la serre dans mes bras, je lui dis combien je l'aime, combien elle est importante pour moi. Sur le quai du métro, je la vois de l'autre côté, avec son bizarre de sac à dos, avec sa démarche particulière, sa coiffure qu'elle n'a pas changé depuis bien longtemps et qui lui va si bien. Je me répète qu'elle est mon amie, j'en suis émue et j'en ai les larmes aux yeux. Je suis reconnaissante et je me sens bien.

Au sortir du métro, nous sommes à un terminus et j'embarque dans un autobus pour aller rejoindre ma filleule chez elle. Puisque je n'ai que très peu de distance à parcourir, je m'assieds dans le premier banc d'où je puis observer le chauffeur. Il accueille les gens avec un sourire ou une parole gentille, on voit qu'il connaît bien quelques habitués. En attendant le moment précis de démarrer, il ouvre un petit sac et en extirpe quelques morceaux de céleri et de carottes qu'il grignote tranquillement. Je trouve cela amusant de le voir faire. Il sent que je l'observe et il me sourit. Il doit être dans la jeune trentaine, il a de superbes yeux bleus. Les gens continuent d'arriver et lui de répondre gentiment à leurs questions, rassurant une personne sur sa destination, lui disant qu'il lui fera signe à temps. Nous partons. À une dame marchant avec difficulté et qui veut descendre, il demande sa destination exacte et la fait descendre vis-à-vis la rue précise, bien avant le prochain arrêt. Je n'en reviens pas de sa gentillesse. Au moment de descendre à mon tour, je le remercie et lui dis combien son attitude est agréable. Avec un grand sourire, il me répond qu'il aime son métier et qu'il est heureux de le faire. Dehors, il pleut toujours. J'arrive chez ma filleule, qui demeure près de chez ma fille. Son ordinateur est ouvert, et des tas de copies à corriger sont empilées sur son bureau. J'aperçois la guitare de mon frère, elle me dit qu'elle prend des cours depuis quelques mois déjà. Elle accepte de m'en jouer un peu. Je suis surprise de voir qu'en si peu de temps elle a acquis cette maîtrise de son instrument. J'aime son touché, les notes coulent naturellement. Nous partons sous le même parapluie vers un restaurant... asiatique. :-) Nous obtenons la dernière table disponible, tout au fond. Et là, j'assume mon véritable rôle de marraine. Je reçois des confidences auxquelles je ne m'attendais pas. Je suis heureuse de pouvoir l'écouter et lui donner mon point de vue qu'elle sollicite. Que ce rôle de marraine est différent de celui de mère. Nous avons toujours eu une grande complicité ma filleule et moi, mais là, elle m'apparaît essentielle. Je marche sur des oeufs, je ne veux pas dépasser les limites que je sens, et je la laisse faire les pas en avant. Puis, tout est à peu près dit. Nous sommes les dernières dans le restaurant, tous les autres ont quitté. Nous repartons sous la pluie, toujours sous le même parapluie, et elle m'accompagne jusque chez ma fille. Arrivées là, au pied de l'escalier, mon portable sonne. C'est ma fille de retour chez elle d'un anniversaire de naissance d'une amie qui me demande où j'en suis. Nous entrons et passons quelques très agréables moments toutes les trois. Je nous sens bien.

Samedi débute lentement, je me réveille même plus tard que ma fille. Nous prenons notre temps. J'ai décidé de revenir chez moi en fin de journée, afin que ma fille ait une petite journée rien qu'à elle dimanche, pour bien se reposer avant d'entreprendre une semaine chargée qui verra aussi, heureusement, le retour de son conjoint d'un assez long voyage à l'étranger. Mais pour le moment, rien ne nous presse, nous savourons ce moment ensemble. Elle prépare un délicieux brunch pendant que je fais mes valises. Encore une fois, nous prenons un parapluie et nous partons magasiner tout près de chez elle. Elle est à la recherche de nouvelles carpettes pour son salon et sa salle à dîner. Nous faisons trois boutiques ensemble. J'aime aussi beaucoup ce qui lui plaît. Les vendeurs insistent pour conclure. Ma fille leur répond que c'est impossible en l'absence de son conjoint, qu'elle reviendra avec lui et j'ajoute que ce serait une horreur si une belle-mère se mêlait d'imposer des carpettes à son gendre. Nous en rions beaucoup. Nous revenons chez elle, le temps de comparer les mesures de certaines carpettes que nous avons vues avec celles qui y sont déjà et prendre mes bagages. À l'autobus, je la serre dans mes bras, lui répète encore une fois combien je l'aime et je suis partie. Derrière moi une mère probablement d'origine africaine et sa petite fille d'environ trois ou quatre ans. Très souvent, durant le voyage, j'entends ses petites dents croquer dans des friandises. Je souris. Peut-être la mère a-t-elle décidé de s'assurer ainsi du calme et de la tranquillité de la petite durant le trajet. J'entends aussi son babillage. Elle me semble charmante. Moi, je lis Julien Green. J'achève un tome, plus que quelques pages.

Au bout du voyage sous la pluie, je récupère mes bagages et mon automobile, puis je me dirige vers l'épicerie pour faire quelques courses. Quand j'arrive chez moi, la mignonne n'est plus tornade. Elle semble ravie de me revoir, mais elle est nerveuse et insécure. Je luis sers à manger puis je la prends dans mes bras, je la caresse, mais elle ronronne à peine. Elle se blottit sur mes genoux quand je viens à mon ordinateur vérifier mon courrier. Je prends aussi mes messages téléphonique et je travaille un peu à mon site, histoire de faire la transition du mois de mars vers celui d'avril. Mais je suis trop fatiguée pour faire une entrée. Je me couche, la mignonne à mes pieds et je dors profondément. Ce matin, je m'éveille avant elle. Et là, ravie, elle redevient tornade. Elle court un peu partout, joue avec ses souris et ses balles et ne me quitte pas. En ce moment, j'attends que mes cheveux sèchent, je vais bientôt manger. Elle est là sur mes genoux et elle ronronne avec coeur. Il y a de la musique plein la maison. Je me sens vraiment très bien.

Somewhere Over The Rainbow

Somewhere over the rainbow
Way up high,
There's a land that I heard of
Once in a lullaby.
Somewhere over the rainbow
Skies are blue,
And the dreams that you dare to dream
Really do come true.


Someday I'll wish upon a star
And wake up where the clouds are far
Behind me.
Where troubles melt like lemon drops
Away above the chimney tops
That's where you'll find me.


Somewhere over the rainbow
Bluebirds fly.
Birds fly over the rainbow.
Why then, oh why can't I?


If happy little bluebirds fly
Beyond the rainbow
Why, oh why can't I?

(musique Harold Arlen, paroles E.Y. Harburg)

dimanche le 11 avril

Enfin Pâques. J'en avais besoin. Et ma joie intérieure est revenue.

Depuis quelques jours, j'étais vulnérable, très vulnérable. Oh, bien sûr, je vaquais à mes occupations coutumières. Ainsi, lundi, j'avais eu un cours condensé sur une autre technique artisanale qui se perd puis, mardi, j'avais pris le lunch avec une amie que j'aime beaucoup. Mercredi, après un matin de travail avec notre vieille amie française, j'avais rejoint un autre ami pour le repas du midi, puis, jeudi, c'était avec un ancien compagnon de travail que j'aime bien que j'avais pris le lunch et, finalement, mon vendredi matin et l'heure du lunch avaient été consacrés à ma vieille dame aux troubles de mémoire. Extérieurement et objectivement donc, tout allait bien. J'étais là au milieu de ma vraie vie, mais pourtant j'avais aussi le regard et l'esprit ailleurs. Et le soir, quand j'allais dans cet endroit privilégié et que je rentrais en moi-même ou, encore, quand je me retrouvais devant ce clavier pour écrire mon journal, c'est alors que je ressentais le plus cette vulnérabilité. Et là, je bloquais. Je commençais une entrée que je ne finissais pas. Le lendemain, je changeais la date, pensant continuer, mais rien n'y faisait. Je ne parvenais pas à écrire quelque chose qui me fût acceptable, parce qu'il y avait des sujets, du contenu, que je ne voulais pas aborder ici, des limites que j'hésitais à franchir dans mon journal. Or, il ne m'était pas possible de ne m'en tenir qu'aux toutes petites choses quotidiennes, qu'à mes petits bonheurs du jour habituels. Une nouvelle fois, j'aurais souhaité avoir ce deuxième site plus anonyme où j'aurais pu être plus explicite et écrire ce que j'avais dans le fond du coeur. Je vais quand même essayer de mettre un peu de mots sur tout cela, des mots sur mes absences de mots de la semaine écoulée.

C'est durant la Semaine Sainte que la foi et la religion qui sont miennes revêtent le plus d'importance pour moi et que ma pratique se fait la plus intense. Et le vendredi de cette semaine-là, c'est la journée que je trouve toujours la plus difficile à vivre, celle où mon humanité me fait mal, celle où je perçois le plus toute la souffrance qui inonde notre planète. Celle aussi où ma joie intérieure me quitte. Il en a toujours été ainsi pour moi, mais plus j'avance en âge, plus cette journée me semble longue et difficile, ainsi que les quelques jours qui la précèdent.

C'est le moment de l'année où je ressens le plus ce qui m'apparaît être le terrible sort de la Création, dont je pourrais à peine illustrer une petite partie en parlant de la prédation. Tout ce qui vit sur terre, ne survit que par la mort d'une autre partie de la Création, d'une parcelle d'une autre espèce, fut-elle animale, végétale, minérale... Terrible condamnation que cette première violence. On parlera de la chaîne de la vie, de loi de la nature, mais c'est parce qu'il n'y a pas d'autre chemin et que tout y est soumis. Il aurait sûrement été possible qu'il en fût autrement. Or, quelque part, à un moment quelconque, quelque chose a raté. Dans cet immense raté, bien au-delà de ce que notre pauvre petit esprit humain peut maintenant comprendre, est maintenant capable de saisir, se joue un drame. C'est une toute petite partie du mystère de la Création, du mystère de ce que nous sommes. Et, en conséquence, en cette vie, il y a des larmes, beaucoup de larmes, de la souffrance, beaucoup de souffrance partout sur la planète. Nous sommes entourés de violence, nous pratiquons la violence, d'abord pour survivre, puis dans toutes sortes de rapports humains. À la différence des animaux, nous avons une part de connaissance, nous savons le mal puisqu'il nous habite, puisque nous le pratiquons. Nous sommes habités par la violence, elle fait partie du mal qui nous ronge. Mais nous savons aussi le bien et l'amour, nous savons aussi le bonheur, puisqu'ils sont aussi là présents en nous. Et aussi parce qu'il y a, quelque part en chacun de nous, cette soif infinie de l'Infini. Et nous, les humains, nous vivons cette dichotomie. Entre le bien et le mal, entre la joie et la souffrance, entre le blanc et le noir, parfois en zone grise, quelle que soit notre croyance ou notre incroyance individuelle, individuellement nous ressentons cette dichotomie, celle de la présente vie.

Et pour moi, et pour les gens qui ont la même croyance que moi, aujourd'hui marquait, au-delà de l'existence terrestre, le triomphe de la vie sur la mort, de l'amour sur la haine, du bien sur le mal, de la joie sur la peine. Le prix en fut immense, mais il fut payé. Et chaque être humain, individuellement, fut assez important pour qu'il le soit.

Oh oui, ma joie intérieure est revenue.

mardi le 13 avril

Ambiance. "3 Gymnopédies et autres oeuvres de piano" de Satie, avec Pascal Rogé. Journée particulière. Contrastes : la neige qui n'en finit plus sur le terrain et quelques feuilles de tulipes qui percent quand même les quelques centimètres de terre dégagés le long du solage de la maison, là où le soleil trop souvent absent est quand même venu se réverbérer. Ce matin, sur le balcon arrière, la neige qui couvrait encore une partie du plancher, la pelle qui n'avait pas encore été remisée, mais la mignonne tornade qui avait tellement insisté pour sortir et qui se prélassait au grand air, signe incontestable de printemps. Je ne pouvais pas fermer la porte, car elle est craintive toute seule et pourtant j'aurais dû puisqu'il fait encore froid. Alors, j'ai laissé durant un bon moment l'air froid pénétrer dans ma maison, et le système de chauffage fonctionner. Je sais que ce n'est pas très intelligent.

Aujourd'hui, j'ai pris un soin particulier de moi. J'ai porté attention pour mieux ajuster la chaleur de l'eau de ma douche, j'ai lavé mes cheveux avec des mouvements plus conscients, plus lents, moins brusques. J'ai pris grand soin de mes ongles, je n'ai pas négligé d'appliquer une bonne crème, j'ai pris le temps de bien me sécher, d'enfiler la sortie de bain. Puis j'ai lentement, lentement bu mon café. Oui, j'ai pris un soin particulier de moi.

Et là, je suis de retour d'un lunch un peu pris à la sauvette avec ce vieil ami qui tenait beaucoup à ce jour, même s'il avait un rendez-vous chez le dentiste, ce qui nous a obligés à couper court. Moussaka dégustée dans un restaurant que j'aime bien sur la petite rue que j'aime bien. J'avais chaussé des talons hauts. En l'honneur de moi. Je suis revenue en faisant clic clac clic clac. J'entendais aussi le chant du premier merle de la saison. Et les rires des ouvriers briqueleurs qui s'affairaient aux murs d'une nouvelle maison tout près de chez moi. Ils semblaient de bien bonne humeur. Et le bruit du ballon qui rebondit. Quelques jeunes de mon voisinage qui jouent déjà au ballon panier. Ils ont vieilli durant l'hiver, ils sont à l'âge où cela se remarque.

Depuis ce matin, quelques appels téléphoniques qui ont franchi l'infranchissable. Ma ligne téléphonique est en trouble et le technicien n'est pas parvenu ce matin à régler le problème. Il y a pourtant travaillé un bon moment et je l'attends d'une minute à l'autre qui doit de nouveau revenir, il lui faut trouver ce qui fait problème. Le trouble est heureusement intermittent. Et quelques appels me sont quand même parvenus. Ainsi, j'ai pu entendre quelqu'un de très loin, mon ami cadeau, venir me chanter au creux de l'oreille ce matin. Cela m'a fait bien plaisir. Et c'était beau, si beau.

Ma fille doit arriver dans quelques heures. Elle repartira demain. Elle a tenu à venir, malgré mes protestations. Cela aurait pu attendre, rien n'était urgent. Mais je suis bien heureuse qu'elle ait tellement insisté, qu'elle ait tellement tenu à venir. :-) Et ce soir... Bien je ne sais rien pour ce soir. Je sais que je dois être prête, c'est tout. Ce sera différent sans doute puisque le grand copain est en voyage et qu'il ne revient que dans quelques jours.

Cette année fut douce pour moi, à bien des égards elle m'a tranquillement comblée. Je ne suis pas allée relire mon journal, c'est tout simplement l'impression que j'en ai gardée, qui demeure en moi. Elle m'a fait de beaux cadeaux, bien choisis, tout à fait ce que cela me prenait. Entre autres, cet endroit particulier que j'ai l'impression d'avoir toujours fréquenté tellement il me convient. Et ce nouvel ami improbable, inattendu et inespéré auquel je suis liée par tant de valeurs communes. À certains égards, je n'ai pas tellement bougé, peu de changements dans le cours de ma vie, mais tout de même l'impression d'avancer dans le non quantifiable et le peu palpable. Je vois plus clair. J'entends mieux. Je ressens plus. Je savoure plus et mieux. Encore dans le non quantifiable et le peu palpable. Et je pense que j'aime encore plus et mieux les gens de ma vie. Je suis une femme heureuse. Aujourd'hui, c'est mon anniversaire de naissance.

samedi le 17 avril

Bribes de journées. Mardi soir, quelques personnes très proches, un repas succulent préparé par quelqu'un qui aurait probablement eu bien autre chose à faire, des cadeaux réellement pensés, choisis avec soin, une véritable volonté de leur part de me faire plaisir. Je suis comblée et touchée, mais quand même surprise, et un peu timide et prise au dépourvu devant autant de gentillesse. Cultiver l'art de savoir recevoir et accepter sereinement ce qui nous est donné, avec simplicité.

Mercredi, je les ai entendues, je les ai vainement cherchées, je ne les ai pas vues. Les oies blanches, les premières de l'année. J'avais le nez levé au ciel, le cou cassé, je pivotais sur moi-même, cherchant à les apercevoir. Mais elles étaient là, bien cachées par les nuages de cette journée grise. En entendant leurs cris, j'avais la certitude qu'elles arrivaient, je pouvais suivre leur itinéraire. Cependant, ma joie n'était que partielle, il me manquait le fabuleux spectacle de leur vol en formation. Mais je vais surveiller, il en viendra d'autres, j'ai tellement hâte de les voir passer. Elles me rappellent la constance de la nature, immuable même dans la mutation de ses saisons.

Mercredi aussi, longue et belle conversation avec l'ami cadeau. On reprenait celle interrompue la veille par le technicien du téléphone. Toujours l'impression d'avancer, celle aussi que les choses sont si claires qu'on pourrait ne pas les dire. Nous sommes en terrain connu. Et le grand plaisir de rire ensemble. Puis, le soir venu, une inquiétude, une déception et un questionnement. Une amie, celle qui nous inquiète et dont j'ai déjà parlé il y a plusieurs mois, celle que mon amie d'enfance de ma ville et moi n'avons pas encore, à ce jour, vraiment affrontée, mise devant la réalité, pour laquelle nous choisissons de fermer les yeux, cette amie nous a une fois de plus fait faux bond. Je lui avais parlé mardi matin et mon amie d'enfance lui avait elle reparlé le matin même pour confirmer. C'est pourtant elle qui avait demandé à nous voir, nous devions le soir la retrouver dans un restaurant. Elle ne s'est pas présentée et ce n'est pas la première fois. Nous avions chacune eu l'impression qu'elle était dans les vapeurs quand nous lui avions parlé. Depuis, nous sommes sans nouvelle. Je fais preuve de lâcheté, je ne vais pas vers elle. Elle me fait peur et je ne veux pas me laisser manipuler, me laisser aspirer dans ce que je perçois être son malheur intérieur. Elle nous raconte toujours des histoires, nous file entre les doigts et a presque fait le vide autour d'elle. Et de plus, elle n'exprime rien qui pourrait m'ouvrir une brèche, je ne sais pas quoi lui dire, je ne sais pas quoi faire. N'empêche que je ne suis vraiment pas contente de moi.

Jeudi et vendredi matin, je me suis levée très tôt, c'était sans doute la lumière matinale, puisque ce furent les deux seules journées ensoleillées de la semaine. Et aussi ce goût de printemps. Hier, quand je suis arrivée dans la salle à manger, je voyais les premières lueurs du trop rare soleil illuminer le magnifique bouquet de fleurs offert par ma fille pour mon anniversaire, et aussi le vieux plat en argent héritage de ma grand-mère paternelle qui trône sur le buffet. C'était presque féerique. Et la mignonne tornade blanche qui m'accompagnait a grimpé sur la table, sous le bouquet. Plutôt que de la faire descendre, j'ai pris une photo, c'était trop joli de voir tout cela. Vendredi, je suis sortie avec ma dame aux troubles de mémoire. D'abord long et lent repas dans un restaurant pour lui faire plaisir, puis quelques courses, elle voulait magasiner de nouveaux rideaux. J'ai fait semblant d'y croire, on ne sait jamais. Ce fut agréable, je la sentais légère et dégagée. Puis nous avons fait l'épicerie. Là, ce fut long et plus compliqué, la réalité nous avait rejointes. Peut-être n'était-ce qu'une mauvaise journée pour elle. Durant le repas, elle avait vainement cherché à se rappeler une conversation téléphonique du matin dont elle voulait me faire part. Cruelle, cruelle maladie.

Aujourd'hui, il a plu abondamment. Ce n'était pas très agréable, mais cela va aider à faire fondre la neige et la glace qui retiennent encore mon garage de toile, que je pourrai enfin faire démonter. Et puis, dans ma maison, il a fait grand soleil. Ma fille était venue me voir durant quelques heures. Nous avons mangé et passé l'après-midi ensemble, avant qu'elle ne parte ensuite pour aller rejoindre son conjoint qui participait à un événement culturel. Ils seront de retour demain pour le brunch, avant de regagner leur très grande ville. Je suis à leur cuisiner quelques mets traditionnels, je sais que cela leur fera plaisir. Et, durant toute la nuit qui vient, des fèves au lard cuiront à feu très doux dans le four. Au moment où ma fille est arrivée chez moi, je pense que plus d'une bonne cinquantaine de sizerins flammés étaient sur mon terrain, surtout aux alentours des mangeoires. C'était magnifique et je suis heureuse que ma fille ait pu observer ce phénomène. Ma mignonne tornade toute excitée se tenait à la fenêtre de la salle à manger, mais elle n'impressionnait nullement les oiseaux qui me semblaient convaincus être hors de sa portée et surtout qui voulaient se régaler dans les mangeoires. Il faudra que j'aille demain les remplir à nouveau. Depuis quelques jours, je surveille attentivement mais, sur les arbres de mon terrain, aucun bourgeon ne semble encore vouloir ouvrir. Rien n'est encore sorti de la torpeur hivernale, pas plus l'érable, que les sorbiers, que le bouleau ou le lilas ou encore les deux grandes épinettes. Ma fille me dit que dans la très grande ville, le printemps est plus installé qu'ici.

J'écoute en ce moment la si belle compilation d'oeuvres diverses que l'ami cadeau m'a fait parvenir. Auparavant, surtout Scriabin, surtout ses Préludes. C'est le journal de Green qui m'y avait fait penser. Et en parlant de Green, cette citation que j'aurais avantage à méditer. Et si cela me parlait de cette amie en difficulté...
"Pâques. Je crois qu'il m'a fallu vingt ans pour aller de moi-même à mon prochain, et cela par le chemin de la souffrance. Le prochain paraît si loin de nous qu'il faut parfois toute une vie pour l'atteindre. Sortir de soi et aller chez le prochain que l'on voit tous les jours, immense voyage."

dimanche le 18 avril

Un si beau dimanche! De ceux qu'on ne veut pas perdre. Soleil radieux, un peu frais tout de même, mais journée splendide. C'est bien ce que je pensais, la pluie d'hier a sérieusement fait fondre la neige sur le terrain en avant et sur le côté est de la maison. Quelques crocus ont même miraculeusement fait leur apparition dans la plate-bande durant la nuit. Mais que des mauves, je ne sais pas où sont passés les blancs et les jaunes... Les écureuils peut-être? Demain, je vais insister pour qu'on vienne démonter le garage de toile dans les prochains jours et aussi enlever les protections hivernales de ma haie de rosiers. Que cela fera du bien! Et puis je prends tout plein de bonnes résolutions pour ma performance de jardinière cet été... Pourvu que les circonstances m'en laissent le loisir et que mes excellentes intentions et dispositions persistent... :-)

Ma fille et son conjoint sont repartis vers leur très grande ville. Nous avons passé quelques heures absolument adorables ensemble. Cela se voyait dans la réaction de ma fille. Je pense que rien ne lui fait plus plaisir que quand cette magie est là entre nous trois. Je réalise combien cela lui serait difficile si nous devions, son conjoint et moi, avoir une mésentente sérieuse. Et je pense qu'il en est tout aussi conscient que moi. Il y avait beaucoup de joie et d'humour dans l'air aujourd'hui. Nous avons aussi pris le temps de parler chacun de nos principaux champs d'intérêt actuels. Vraiment un bon moment. C'était un peu notre repas de Pâques, aussi mon repas d'anniversaire "familial" puisque mon gendre n'était pas avec nous mardi. Avant de passer à la table, nous avons dégusté, au salon, une merveilleuse bouteille d'un vin très spécial que j'avais reçue en cadeau. Avec du foie gras, tel qu'on me l'avait recommandé, pour bien le mettre en valeur. Un vrai petit bonheur, un moment à ne pas oublier.

Eh oui, j'en ai vues tout plein! Des centaines! Les oies blanches sont de retour. Toute la journée, leurs cris venaient me rejoindre et je sortais pour les regarder voler en formation vers le nord. En même temps, je voyais quelques personnes marcher dans la rue la tête basse. Je ne comprenais pas qu'on puisse résister à un tel appel, qu'on puisse passer à côté d'une telle beauté sans la remarquer et en jouir. Aucun progrès visible à l'oeil nu cependant du côté des bourgeons. Ma fille m'a pour sa part confirmé que dans la très grande ville ce ne sont plus les bourgeons, mais bien de petites feuilles qui sont en train de pousser... Le climat n'est pas tout à fait le même.

J'ai fini par céder. Moi qui ne souhaitais plus m'en mêler, suite à un appel téléphonique, j'ai accepté de donner un sérieux coup de main à un comité dont je faisais partie, comité formé dans le cadre d'un dossier particulier. Fondamentalement, je suis toujours d'accord avec les buts poursuivis, mais je constate que j'ai perdu le goût du combat dans ce dossier. Je ne veux pas non plus que mes trois vieilles dames souffrent de cette implication plus politique qui pourrait prendre beaucoup de mon temps dans les semaines ou les quelques mois à venir. J'ai donc demandé d'être bien secondée dans la partie qui relèvera de moi. Pourvu que je ne le regrette pas car, pour le moment, cela me semble beaucoup plus une corvée qu'autre chose. Décidément, je me surprends moi-même, je change. L'âge, le recul, le déplacement des intérêts? Probablement un peu de tout cela. Bon, inutile de regretter, je sais bien que je n'aurais pas été capable d'abandonner ces compagnons de longue date. Je verrai bien comment les choses se dérouleront.

"J'ai appris avec les années à être reconnaissant de tout, du silence qui règne entre ces murs, du bruit des gouttes de pluie sur les ardoises, de ce que ma main est vivante pour écrire ces mots, et de ce que je respire. Chaque fois que je lève les yeux et que je vois les nuages au-dessus des arbres, j'ai le sentiment d'une sorte de révélation, et il en est ainsi depuis mon enfance, mais les mots pour dire cela?" (Julien Green)

jeudi le 22 avril

Encore une autre entrée que j'ai recommencée plusieurs fois sans pouvoir la terminer soit faute de temps, soit d'autres priorités ayant pris le dessus. On aura manqué l'évolution quotidienne de la température et de la nature. Mais, en fait, ce n'est que ce matin que j'ai finalement aperçu les premiers espoirs de bourgeons, notamment sur le bouleau et les sorbiers à l'arrière de la maison. Tôt ce matin, il faisait soleil, il faisait doux et les oiseaux nombreux comme jamais chantaient merveilleusement. En sortie de bain, j'ai mangé un bol de céréales, debout sur le pas de la porte de la cuisine qui était ouverte, puisqu'aucune chaise de jardin n'a encore fait son apparition. A vrai dire, il y a encore pas mal de neige à l'ombre de la grande clôture, mais elle ne me préoccupe plus. Nous pouvons chanter victoire. Je regardais mon vieux banc de parc tout à côté, il me faisait envie, il semblait m'attendre. Mais lui, il a encore les pieds dans la neige, et il a aussi besoin d'un bon coup de pinceau.

Et, aujourd'hui, le garage de toile a enfin été remisé. En fait, pas complètement, car au moment où les ouvriers le démontaient, une averse très abondante est venu le détremper Il a donc été étendu le plus possible dans le garage intérieur et sera replié dans quelques jours lorsqu'il aura complètement séché, tout comme les tapis d'hiver qui recouvraient les planchers et les marches des deux balcons. Et puis, il ne faut pas non plus oublier qu'une des sangles destinées à maintenir le garage en place en cas de grands vents n'a pas pu être enlevée, un des pieux la retenant étant encore captif de la terre encore gelée qui refuse de le libérer puisqu'il est assez profondément enfoncé dans le sol. On va laisser le soleil travailler un peu et puis je reviendrai à la charge pour faire disparaître tous les vestiges de ce monstre de toile. Très petit contretemps par dessus lequel je passe facilement, mon sentiment de joie et de libération étant plus important encore. Finalement, je n'ai pas complètement perdu la course, puisque le garage de la maison voisine n'a pas encore été démonté... :-)

Ce matin, notre vieille amie était encore une fois chez moi, tout comme hier matin. Nous accélérons le rythme de notre travail car elle quittera bientôt pour sa maison de campagne et nous voulons en avoir terminé avant son départ. En ce moment, nous travaillons sur la partie de l'exode de sa famille pour fuir l'invasion allemande. Je la sens très émue dans certains passages et je l'écoute me raconter ce qu'elle n'a pas écrit. C'est un peu comme si tout ce passé lui redevenait présent. Elle viendra chez moi passer la journée de dimanche pour que nous puissions avancer d'un bon coup.

Hier, mercredi, ma sage et compétente amie de la très grande ville était de passage. Après avoir lunché avec elle et son mari, je l'ai amenée dans un de mes petits paradis pour bouquiner. C'était comme s'il y avait eu une mise en scène spécialement pour elle, un complot pour la persuader qu'il y a autant de trésors ici que dans sa très grande ville. Tellement de livres l'intéressaient déjà dans la toute première bouquinerie visitée. Nous y avons passé un long moment, puis nous sommes reparties très chargées, avec une quantité incroyable de livres, dont un seul tout petit pour moi. :-) Il était donc hors de question d'ensuite nous rendre dans une deuxième bouquinerie. Ce sera donc pour une prochaine fois, puisque je suis certainte qu'elle voudra revenir voir les autres... :-) Nous sommes alors aller marcher tranquillement dans la partie plus historique de la ville, à la recherche d'un monument qu'à ma honte je ne pouvais lui indiquer... Nous avons croisé un de mes amis que je n'avais pas vu depuis un bon moment. C'est quelqu'un qui, à l'occasion d'une très grave crise cardiaque il y a plusieurs années, a vécu une expérience exceptionnelle que je ne nommerai pas ici, encore à cause des moteurs de recherche, ce qui a complètement transformé sa perception de la vie. Je le connaissais avant et j'ai été à même de constater le changement qui s'est opéré en lui depuis. Hier, il a accepté d'en dire quelques mots à mon amie, comme il le fait toujours d'ailleurs très simplement, ce qui aurait été plus que surprenant chez lui avant justement cette expérience. Tout à l'heure, il m'a téléphoné et nous mangerons ensemble demain soir. J'aurai grand plaisir à passer quelques heures avec lui.

Mardi, j'ai revu deux personnes que j'avais perdues de vue depuis quelques années. Je m'étais bien discrètement éloignée d'un certain milieu dans lequel je ne me sentais plus confortable. J'avais alors préféré ne pas discuter du fond de ma motivation avec ceux dont j'étais le plus proche, ne voulant pas avoir l'air ni de minimiser, ni de remettre en question l'importance de leur propre engagement. J'avais plutôt choisi de m'en tenir à mes propres convictions. La vie m'ayant mise une nouvelle fois en contact avec l'une d'elle, j'avais reçu un appel téléphonique lundi soir m'invitant à manger avec cet homme et cette femme avec qui j'avais collaboré et dont j'avais été proche. Je fus surprise de cet appel, mais j'ai suffisamment tenu à cette rencontre pour demander à un ami avec qui j'avais déjà rendez-vous de reporter notre soirée pour me permettre de les retrouver, puisqu'une des deux personnes devaient quitter la ville. Je ne lui ai cependant pas donné la raison exacte, je n'avais d'ailleurs pas à le faire, mais j'ai préféré garder pour moi le niveau de rapport que j'avais avec ces personnes, le domaine sur lequel nous avions longtemps été de connivence. En fait, cette rencontre a été très bénéfique. J'ai cependant réalisé que je les avais un peu peinés en m'éloignant comme je l'avais fait et je l'ai regretté. Plusieurs années après, je leur ai donc expliqué mon retrait et les motifs de mon silence. Je me suis sentie comprise et acceptée dans mes façons de voir. J'ai eu plaisir aussi à retrouver ces personnes que j'estimais beaucoup. Le repas fut long, la conversation très sérieuse par moments. Mais nous avons aussi su retrouver nos rires et notre joie d'être ensemble. En fait, comment conclure... Je pense que c'est moi qui finalement ai évolué puisque la situation de base, celle qui m'était devenue trop difficile et qui m'irritait, n'a pas elle vraiment changé. Je pense que je lui suis devenue moins vulnérable en m'en tenant à l'essentiel, et en passant par dessus des aspects vraiment secondaires auxquels il ne faut pas accorder une valeur fondamentale. Nous avons fait le projet de nous revoir en juin ou juillet.

Dans quelques minutes, je retrouve mon amie d'enfance de ma ville. Peut-être lui en glisserai-je quelques mots. Elle sait tellement de choses de moi. Mais peut-être pas non plus car, en fait, à cet égard, c'est je pense l'ami cadeau qui maintenant en sait vraiment le plus sur moi et avec lequel il m'est le plus facile et le plus naturel d'en discuter.

mardi le 27 avril

Quand je me suis levée ce matin, c'était absolument féerique. Nous baignions dans une mer de brume. Il était encore très tôt et tout était ouaté et seuls quelques bruits étouffées parvenaient jusqu'à moi. Le soleil s'est d'abord faufilé, puis il a pris toute la place et des centaines d'oiseaux se sont progressivement animés, remplissant l'air des merveilleux chants de la période des amours. J'en ai vus se poursuivre en couple, volant à travers les arbres, effleurant presque les branches et les clôtures en un ballet gracieux. J'ai vu des bourgeons sur les sorbiers, sur le bouleau et surtout j'ai vu de nouvelles petites branches sur le lilas blanc qui borde le terrain de la maison voisine. Elles sont encore d'une couleur jaune ocre qui tranche sur les plus anciennes, comme si la nature voulait être certaine que nous remarquions ses efforts.

C'est hier que j'ai finalement réussi à enlever la dernière sangle du garage de toile, mais il reste quand même encore un peu de neige le long de l'entrées en pente, de même que près de la clôture et du banc de parc. Mais d'ici demain ou après-demain, elle devrait avoir disparu de mon terrain. Hier aussi une longue et belle conversation avec l'ami cadeau. Ne nous contentant pas de ce que nous sommes chacun devenus, nous avons remonté le temps pour nous dire encore plus. Ouverture, confidences et accueil. Les distances quelles qu'elles soient sont vraiment sans importance. Je nous sens privilégiés.

Ma vie est riche. Dimanche, c'était notre vieille amie qui me gratifiait de sa présence. Délaissant momentanément notre travail, le repas pris ensemble fut un réel plaisir. Elle me fit la surprise de me présenter une magnifique pièce de toile qu'elle déposa sur la table et elle me dit son intention de la broder pour moi. J'étais émue et absolument charmée, car elle est une véritable artiste à cet égard. Elle me proposa plusieurs motifs floraux et me fit part des couleurs qu'elle suggérait. Je ne voulus pas m'interposer dans son oeuvre. Je la remerciai chaleureusement de cette magnifique intention et lui donnai carte blanche quant à l'oeuvre elle-même. Je lui ai dit de se faire plaisir à elle-même, de laisser libre cours à son imagination. Elle est partie très joyeuse à la pensée des belles heures qu'elle passerait à broder au soleil. Je sais d'avance que cette nappe sera un chef d'oeuvre.

Samedi, le grand copain de retour d'un autre voyage m'a amenée dans un resto que nous aimons bien tous les deux. Nous avons notamment parlé du dossier pour lequel j'ai, un peu à reculons, accepté de donner mon coup de main. Sur le fond de ce dossier, lui et moi divergeons complètement et, à l'issu du débat, un de nous deux risque d'être déçu. Cela dit, il m'a quand même fortement encouragée à m'impliquer, à aller au bout de mes idées, ne comprenant pas que j'aie des réticences. Je lui ai expliqué que c'est toute la question de l'implication politique que je remets actuellement en cause en ce qui me concerne. Comme s'il était maintenant pour moi le temps de passer le flambeau, mais je pense plutôt que je suis déçue par les circonstances qui prévalent aux différents paliers de la politique actuelle, j'avais encore, semblerait-il, plusieurs illusions à perdre à cet égard... La veille, le repas avec cet autre ami, que je qualifierai d'initié, avait été on ne peut plus agréable. Très spécial, à cause du sujet discuté, mais très agréable. C'est sans parler, évidemment, des beaux moments passés avec mon amie d'enfance jeudi soir. Oui, comme je le disais plus haut, ma vie est riche, riche de personnes de qualité.

Il y a une petite heure, il pleuvait abondamment, et nous avons eu le premier orage électrique de la saison. Et là, c'est à nouveau le soleil radieux. La température aura donc été en montagnes russes aujourd'hui. J'arrive de la cuisine pour laisser sortir ma mignonne tornade sur le balcon. Il reste quand même un peu de neige près du vieux banc, mais de superbes goutelettes de pluie chaude formaient comme une dentelle le long de la corde à linge, elles brillaient dans le soleil de fin d'après-midi filtrant par les branches encore dénudées. Et Pascal Rogé qui joue admirablement Satie.

vendredi le 30 avril

Aujourd'hui, c'était l'été. Dès 7h15, alors que je me dirigeais vers une réunion politique, j'ai réalisé que j'étais vêtue trop chaudement pour la journée qui s'annonçait. Cela me mit le coeur en joie. Je fus agréablement surprise aussi par la chaleur de l'accueil qui me fut réservé à mon arrivée à la réunion. Personne n'ignorait les réticences que j'avais eues à me joindre à l'équipe pour cet enjeu particulier et j'ai reçu un solide appui notamment par la qualité des personnes qui me seront plus directement associées. C'est un coup à donner, mais il est bien entendu que je ne négligerai pas pour autant d'autres secteurs de ma vie, notamment mes trois vieilles dames que je ne voudrais pas voir souffrir de la situation.

A mon retour chez moi quelques heures plus tard, j'ai vite revêtu une jupe de jeans, un t-shirt et des sandales. La journée était magnifique. Ce fut un plaisir de voir arriver les travailleurs qui venaient nettoyer le terrain, ramasser les feuilles mortes qui avaient hiberné sous la neige, installer les mangeoires pour oiseaux dans leur quartiers d'été, les tables et chaises de jardins, sortir et tester le poêle BBQ, enlever les doubles fenêtres et poser les moustiquaires. Ma mignonne tornade était à la fois excitée et affolée de tout ce va et vient et surtout par le bruit que faisait la machinerie pour l'entretien du terrain. Il faisait chaud, je leur ai apporté un grand pot d'eau fraîche et des verres, et leur ai dit de patienter, que la bière viendrait à la fin de leur travail. Ce fut un plaisir de les voir ensuite s'asseoir près d'une des grandes épinettes, celle du coin de mon terrain, et de déguster lentement leur bière. Le responsable m'a fait remarquer en riant que rendus à ce point, ils avaient arrêté le compteur. Alors que j'étais avec eux, j'en ai profité pour regarder attentivement le bout des branches de cette épinette. La nouvelle croissance n'est pas encore visible. Comme à chaque année, je viendrai chaque jour en surveiller l'évolution, cela m'est toujours un agréable repère pour apprécier et admirer le travail de la nature. Quand les ouvriers eurent quitté, j'ai encore une fois rempli les mangeoires, puis j'ai lentement fait le tour de mon petit terrain. J'ai réalisé que je devrais transplanter quelques plantes et aussi peut-être diviser les plants de pivoines. Mais il est possible que j'attende à l'automne, il me semble que cela perturbe moins l'évolution des végétaux, surtout les plantes à fleurs. Je me suis ensuite assise quelques minutes sur mon vieux banc de parc, et j'ai eu l'envie d'aller chercher un livre. Puis, le vent s'est levé et j'ai frissonné. Il était près de 17h00, ce faux été venait de prendre fin. J'ai lentement regagné la maison.









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