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Homos : argument d'asile
Le Matin 13 janvier 2001
Politique d'asile. Et si la persécution d'une personne en raison
de son orientation sexuelle entrait dans la Convention de Genève? Pression...
Toute première conférence de presse pour la jeune Fédération des Associations
Gayes et Lesbiennes (FAGL). Rue du Marché-au-Charbon, au Plattesteen,
"haut lieu bruxellois de la gay-itude", souligne rapidement
le président de la Fédération, François Sant'Angelo.
Jeudi, plusieurs parlementaires ont déposé une résolution pour que
les homosexuels soient reconnus comme des victimes à part entière
des persécutions nazies pendant la seconde guerre mondiale. Plus
d'un demi-siècle plus tard, des homosexuels font toujours l'objet de
condamnations à mort ou de violences diverses dans le monde.
La Fédération profite d'une part des travaux législatifs en cours sur
la révision de la politique d'asile et d'autre part de l'ouverture
du festival du film gay et lesbien au Botanique pour faire le lien :
le critère de l'orientation sexuelle et affective doit absolument être
pris en compte dans l'examen des dossiers des demandeurs d'asile.
"40% des pays de l'ONU criminalisent toujours directement ou indirectement
l'homosexualité", expliquent Didier Digneffe (Alliàge) et Eric Lorio
(Association libérale des homosexuel-le-s).
"Vous savez quel sort on réserve aux homosexuels en Afghanistan?
Didier Digneffe raconte: enterrés vivants, la tête dépasse, des chevaux au galop
les décapitent au passage.
Selon le rapport dressé par amnesty International et le magazine français Têtu, l'Afghanistan
n'est pas le seul pays à appliquer la peine capitale à leur égard.
La charia reste en effet strictement en vigueur au Yémen, en Tchétchénie, en Iran,
aux Emirats Arabes Unis, en Mauritanie, en Arabie Saoudite, au Soudan et
au Pakistan.
On sera sans doute plus surpris d'apprendre que, en Europe, le "respectable"
Lichtenstein interdit aux homosexuels de se rassembler et censure leurs
publications. Ils sont par ailleurs le plus souvent pourchassés dans
les pays de l'ancien bloc de l'Est "qui ont gardé les vieux réflexes",
résume Didier Digneffe. Poursuites pénales en Bosnie, Yougoslavie et Arménie...
En Turquie, par contre, on a dépénalisé l'homosexualité. Mais pas l'"indécence": c'est
sous ce prétexte qu'ils sont harcelés.
"Nous serons attentifs aus demandes d'adhésion à l'Union européenne
émanant de ces pays", insiste la FAGL, rappelant qu'elle compte
beaucoup sur la présidence belge pour faire passer le message auprès
des pays membres en matière de droit d'asile et pour faire barrage aux
autres, tant que des minorités -en ce compris les homos- y sont soumises
à des persécutions.
Et aux Etats-unis? C'est là qu'est née la Gay Pride. " Mais
San Francisco n'a pas servi de modèle au reste du pays". Et
certainement pas aux 13 Etats (dont l'Arkansas et le Texas) qui ont
maintenu les sodomy laws interdisant toute pratique homosexuelle,
y compris... les rapports bucco-génitaux.
Le tableau n'est certainement pas plus brillant en Amérique du Sud (Brésil:
record mondial des crimes anti-homos), en Asie, au Moyen-Orient et en Afrique
(hormis l'Afrique du Sud, qui fait exception avec sa Constitution unique
puisqu'elle accorde, elle, le statut de réfugié aux homosexuels opprimés).
"Nous ne demandons pas qu'on accorde automatoquement le statut
de réfugié politique à toute personne qui dira: 'je suis homosexuel et je
suis persécuté dans mon pays'. Mais nous réclamons un examen attentif du
dossier et une prise en compte objective de ce critère qui n'est pas
repris dans la Convention de Genève", ajoute François Sant'Angelo.
On pourrait déjà appliquer les recommandations européennes à ce sujet.
Et suivre, pourquoi pas, le Conseil d'Etat qui a récemment soutenu,
contre la décision du Commissariat aux réfugiés, le dossier d'un
chorégraphe homosexuel camerounais à qui la Belgique fermait ses portes.
Signé P.S.
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