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Association libérale des homosexuel(le)s et de leurs amis

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  • Vers la fin d'une hypocrisie ?



    Le Soir du 13 décembre 2000.

    Le mardi 28 novembre, le ministre de la Justice Marc Verwilghen annonçait en quelques mots ce qui allait faire beaucoup de bruit : le projet de réforme de l'adoption impliquant son ouverture aux couples non mariés ouvrira aussi celle-ci aux couples de même sexe dans le cas de l'adoption d'enfants de nationalité belge. La législation réservait jusqu'ici l'adoption aux couples mariés et aux personnes seules.

    Actuellement, des couples homosexuels avec enfants existent. La plupart de ces couples élèvent des enfants mis au monde lors d'une liaison hétérosexuelle antérieure d'un des deux partenaires, d'autres ont eu recours à diverses techniques médicalement assistées ou non mais aussi et surtout, certains adoptent des enfants. Un seul des partenaires est alors reconnu comme parent « officiel », ce qui signifie qu'il est le seul partenaire à endosser juridiquement la parentalité vis-à-vis de l'enfant. Cette situation fragilise le lien entre l'enfant et le parent non reconnu qui est dans le même temps dépourvu de droits et de responsabilités. En effet, si le parent reconnu décède ou s'il rompt avec son partenaire, celui-ci risque fort de voir se rompre le lien affectif qui l'unit à l'enfant, ce qui est aussi une manière de méconnaître l'intérêt de cet enfant, alors que la décision d'adopter a dans les faits été prise conjointement... On devine aisément que l'intérêt de l'enfant est ici en complète contradiction avec l'état actuel de la législation.

    Nous devons permettre à l'enfant de construire sa personnalité

    L'adoption soulève des questions nombreuses et complexes. Elle concerne au premier chef un enfant et donc un être qui a déjà un vécu, qui a un père et une mère biologiques, et, surtout, beaucoup d'attentes à l'égard de ses futurs parents adoptifs. Nous avons, globalement en tant que citoyen(ne)s et, pour certain(e)s, en tant que parents, la responsabilité de permettre à l'enfant de construire sa personnalité et de mener une vie sociale et familiale heureuse.
    Nous connaissons tous des enfants qui ont été éduqués dans des contextes difficiles : certains sont étouffés par leurs parents, d'autres ont des difficultés de socialisation et les faits divers reprennent souvent des drames familiaux douloureux... Ceci nous rappelle combien il est important que l'intérêt de l'enfant prime sur le désir d'enfant.
    Tout le travail des centres d'adoption consiste à trouver les parents aptes à élever un enfant. Ce long processus a pour avantage d'obliger les candidats adoptants à mûrir leur désir d'enfant et à envisager tout ce que la présence d'un enfant implique comme devoirs quotidiens, ce qui est moins le cas de la procréation naturelle où l'enfant qui naît n'a parfois pas même été initialement désiré.
    Cette réflexion vaut bien sûr aussi pour les couples homosexuels. Les études effectuées en France sur les couples de parents de même sexe ont démontré que la réflexion sur le désir d'enfant et ses implications, commune à tous les candidats adoptants, est doublée chez les couples homosexuels du souci permanent d'assurer à l'enfant la représentation du sexe autre que celui du couple qui l'a accueilli. Cela se traduit généralement, pour un couple de femmes, par une réflexion poussée sur l'identité du futur parrain et, pour un couple d'hommes, par la volonté d'assurer la présence de femmes dans leur entourage et, dans chaque cas, par le souci de varier les lieux fréquentés par l'enfant (la crèche et l'école n'en sont que des exemples).

    Progresser dans le sens de l'intérêt de l'enfant adopté

    Nous avons en Belgique comme dans de nombreux pays, un petit nombre d'enfants à adopter par rapport à un grand nombre de demandes d'adoption, ce qui revient à dire que les organismes d'adoption ont un choix relativement large parmi les parents candidats. Ceci présente l'avantage de trouver plus facilement des parents les plus aptes à élever l'enfant. Ce sera d'autant plus le cas si les couples non mariés renforcent le nombre des candidats adoptants.
    En marge de la seule adoption, d'autres formules peuvent renforcer les garanties en faveur de l'enfant. C' est le cas aux Pays-Bas, où un système de « coparentalité » autorisera bientôt le nouveau partenaire à prendre certaines responsabilités vis-à-vis de l'enfant de commun accord avec les parents; l'extension de l'accès au mariage permettra par ailleurs l'application pleine et entière du droit au sein des familles homoparentales dont le couple se sera uni civilement. Ces nouvelles dispositions législatives prises à l'étranger démontrent que l'opposition entre intérêt supérieur de l'enfant et désir d'enfant n'est pas du tout pertinente : l'un et l'autre peuvent se rejoindre dans le sens de l'intérêt de l'enfant. L'élargissement du droit à l'adoption aux couples non mariés mettrait fin à une situation d'hypocrisie indéniable en ce qu'elle permet de reconnaître le partenaire du parent « officiel » comme parent à part entière. La reconnaissance des familles homosexuelles, à côté de familles monoparentales comme il en existe un très grand nombre chez nous, représente un pas décisif qui, en plus de prendre en compte l'égalité de traitement dans les demandes d'adoption, permettrait de sensiblement progresser dans le sens de l'intérêt de l'enfant adopté.."

    François Sant'Angelo, président de la Fédération des Associations Gayes et Lesbiennes (FAGL) Sont également signataires :
    Jean-Pierre Leroy, avocat, rédacteur en chef du magazine Regard;
    Olivier Collet, membre de la commission homosexualité d'Ecolo « Ecolo nous prend homo »;
    Michel Duponcelle, porte-parole des Gays et Lesbiennes socialistes (GLS);
    Eric Lorio, psychologue, Association libérale des Homosexuel(le)s et de leurs amis (HRL)

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