Anthropie (1982-1997)
"La variation d'entropie d'un système ne dépend que de l'état initial et de l'état final du système
et non de la manière dont s'effectue ce passage. C'est ce principe qu'applique Jacques Charbonneau dans le domaine de l'image. Car l'art visuel ne peut rester étranger à cette entropie." Rollen E. Surzur, écrivain et linguiste, 1982."En 1983, dans une série célèbre institulée Anthropie, Jacques Charbonneau a en quelque sorte portraituré le Temps lui-même, Kronos, dans la dégénérescence d'un visage effacé par son auto-fixation, la vision du passage du temps saisie dans son effacement. L'image produite est comme effacée et hallucinante, et l'installation de la série encercle le regardeur dans son halo (...) elle manifeste la mort en acte, le passage de l'être au non-être dans la dégradation de l'image, la désintégration de la texture colorée jusqu 'à la disparition du teint, de la peau, du visage défait par ef/face/ment."
Monique Brunet-Weinmann critique d'art, 1987.
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Ma démarche actuelle a pour point de départ l'impression d'un visage sinistre qui s'est métamorphosé en mille et un personnages passant de la magie à la panique, du sorcier au diable, aux formes de vestiges des temps perdus. L'inspiration surgit en 1982 quand se déclencha le phénomène anthropique dans ma recherche artistique lors de la récupération et l'appropriation d'une image copigraphique ramassée dans les rebus d'une poubelle du Centre Copie-Art de Montréal. C'est sur cette découverte que s'est axée ma recherche entropique. Sur des multitudes de probabilités permettant d'obtenir toutes formes de modifications possibles, faisant même apparaître le sujet tel un fossile ou une empreinte transparente. Un visage humain qui se grava dans ma mémoire pour en ressortir que transformer. Depuis cet instant, j'ai développé un intérêt particulier pour tout ce qui concerne l'image et ses composantes. Je tente de déceler dans l'image à inventer, des changements structurels qui s'y manifestent et des couleurs qui se dédoublent à celles du motif originel. Ainsi, l'image confondue avec sa généalogie et sa mémoire, passe à travers plusieurs traitements technologiques et subit de ce fait des phénomènes d'érosion, d'enrichissement et de mutation de la matière iconique. Ces opérations conceptuels et dynamiques dérivent de la manipulation d'une machine maintenant équipée d'une intelligence artificielle pour déguiser la réalité. La technologie est totalement instable et mobile; elle permet des morphogénèses rapides et constamment changeantes, elle reproduit en accéléré les phénomènes anthropiques et entropiques naturels: usure, plissure, éruption, craquement, atrophie, séisme, mort, etc. La comparaison est métaphorique, évidemment. Ces métamorphoses laissent une trace virtuelle du passage, des médiums technologiques et de leurs traitements spécifiques, témoignent des empreintes, des indices d'une intervention humaine. L'ensemble Anthropie (1982-1997) se définit comme une recherche obsessionnelle qui semble à priori de nature narcissique, voire égocentrique, qui se caractérisent par des variations morphologiques illimitées d'un même visage. L'élaboration de cette exploration ponctuelle s'échelonne inlassablement sur une quinzaine d'années et résulte d'une thérapie visuelle orientant ma démarche artistique vers une réflexion plus sociale.